VAL-DE-RUZ - Dans le cadre d'un projet transfrontalier Interreg III, un bureau d'ingénieurs révèle que la région pourrait assurer une autonomie en énergie de 103% d'ici 2050. Il s'est basé sur des calculs qu'il juge réalistes.
Le Val-de-Ruz parfaitement autonome en énergie? Ce n'est pas une simple vue de l'esprit, mais un véritable défi pour l'avenir, selon une étude menée par le bureau d'ingénieurs Planair, de La Sagne, en collaboration avec le Service de l'énergie. Ces prévisions d'autonomie énergétique ont été dessinées dans le cadre d'un projet transfrontalier Interreg IIIA France-Suisse, en collaboration avec les cantons de Berne, Fribourg et Vaud, ainsi que trois départements français voisins.La question que se sont posée les partenaires du projet est la suivante: pourrions-nous produire dans notre région toute l'énergie que nous consommons? Pour y répondre, le bureau Planair a choisi de se pencher sur le cas du Val-de-Ruz (région LIM). Ses résultats sont aussi surprenants qu'encourageants. «Nos projections nous montrent que le Val-de-Ruz pourrait atteindre une autonomie énergétique à plus de 100%, annonce Christiane Wermeille, collaboratrice chez Planair. La région est très riche en énergie. Or, elle ne produit actuellement que le 9% de l'énergie qu'elle consomme.»
Après un bilan énergétique, les différentes sources possibles d'énergies renouvelables à développer ont été étudiées, mais aussi le potentiel de réduction de la consommation (lire ci-dessous). «Nous avons regardé ce que la région consomme et produit aujourd'hui et nous avons élaboré des scénarios à moyen terme, à l'horizon de 2050», explique Christiane Wermeille.
L'étude se base sur des chiffres réalistes, insistent ses concepteurs dans leur dernier rapport: «La notion d'autonomie est en général peu prise au sérieux, tant il semble utopique que la production énergétique puisse répondre parfaitement à la demande d'une région. Pourtant, ce défi devra certainement être relevé par les générations futures.» A long terme, avec l'épuisement des énergies fossiles, il s'agira de puiser dans les ressources locales pour faire face à sa propre demande.
Pas des rêveurs
La volonté est de ne pas donner une image trop idéaliste des énergies renouvelables, mais une image «réaliste et réalisable». Le potentiel évalué est donc plutôt prudent. «Il y avait à craindre que l'on nous traite de doux rêveurs, relève Christiane Wermeille. Nous avons décidé de nous appuyer sur des chiffres très modestes.» Aucun plan sur la comète. Car les ingénieurs de Planair n'entendent pas en rester là. L'objectif est d'aller jusqu'à la mise en oeuvre de leurs projections, rapporte Christiane Wermeille: «En collaboration avec les communes, nous espérons fixer quelques objectifs à court terme.»
Une région riche en énergie
Le plus important potentiel de production provient des éoliennes. Selon le concept pour la Suisse, 72 éoliennes pourraient être construites dans la région Val-de-Ruz et onze selon la planification cantonale (dont le projet du Crêt-Meuron - suspendu aux lèvres du Tribunal fédéral depuis plus d'un an).
Le solaire photovoltaïque et thermique présente également un potentiel intéressant: «Les surfaces susceptibles de recevoir des panneaux sont très nombreuses, relève Christiane Wermeille. Nous sommes restés modestes en ne prenant en compte quun petit pourcentage de toits».
Le bois, qui joue déjà un rôle non négligeable, est appelé à se développer. La production de biogaz, actuellement assurée par la step, pourrait être étendue aux fermes. Le calcul du potentiel en biocarburants est volontairement pessimiste (10% des surfaces de culture). Lénergie hydraulique est, elle, déjà bien développée (puisque la région comprend Brot-Dessous, au fil de lAreuse).
Enfin, «sans perte de confort», des économies dénergie peuvent être facilement réalisées, affirme le bureau Planair. Pour le chauffage on peut envisager une diminution de 50% de la consommation, grâce à une isolation accrue et un meilleur rendement. Les véhicules à faible consommation et le recours aux transports publics permettent également de tabler sur une diminution de moitié de la consommation dessence. Enfin, du point de vue de lélectricité, on ne peut quespérer que la consommation se stabilise. «Cette hypothèse, qui semble la plus pessimiste, est peut-être la plus difficile à réaliser. Les pronostics sur la consommation délectricité montrent plutôt des tendances à la hausse.»
Par Caroline Plachta