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15.08.2006 - Le Temps

La géothermie attise l'intérêt des collectivités

SUISSE - A Bâle, un projet d'installation géothermique commerciale se poursuit avec succès. Le forage vient d'atteindre les 2600 mètres de profondeur. Le reste de la Suisse garde un il attentif sur les résultats bâlois et d'autres régions se tiennent prêtes à lancer leur propre centrale.
Propre et exploitable à tout moment, l'énergie géothermique présente de nombreux avantages au regard du solaire ou de l'éolien.
Le globe terrestre est un réservoir de chaleur presque inépuisable, son exploitation à grande profondeur reste toutefois peu répandue. Mais à l'image du projet pilote bâlois d'installation géothermique commerciale, plusieurs études préliminaires voient le jour en Suisse, témoignant de l'intérêt croissant des autorités pour cette source d'énergie. Cinq kilomètres de profondeur
A Bâle, dans le quartier du Petit Huningue, s'élève une gigantesque tour de forage de soixante mètres. Le lieu et l'ouvrage prennent des allures de gisement de pétrole. Depuis trois mois, la machine, qui sert normalement à l'extraction de l'or noir, perfore le sous-sol de la ville. Ce chantier doit permettre la réalisation de la première installation géothermique commerciale de Suisse, un projet lancé en 1996 par l'Office fédéral de l'énergie.
«Cette semaine, le forage a atteint les 2600 m de profondeur, soit la moitié du tube de 5 kilomètres que nous projetons de percer, annonce fièrement Markus Häring, président de Geothermal Explorers, l'entreprise qui supervise le projet. La couche granitique vient juste d'être attaquée et déjà la température s'élève à quelque 120°C.»
Ce projet, baptisé «Deep Heat Mining», s'il se montre concluant, pourvoira à l'orée 2009 10000 foyers en électricité et 3000 en chauffage. La prochaine échéance se situe en octobre de cette année, date à laquelle le forage d'observation aura atteint la distance escomptée. A raison de 2 à 3 mètres par heure, le percement se poursuit à la recherche d'une chaleur de 200°C, nécessaire pour assurer le fonctionnement de la centrale. Un seul doute persiste et déterminera du succès du projet bâlois: la tendance de la roche à se fissurer (lire ci-dessous). Electricité et chaleur
Le premier essai de production d'électricité au moyen de la géothermie remonte au début du XXe siècle en Toscane. Aujourd'hui, ce type de production fournit de l'énergie à plus de 50 millions de personnes dans 24 pays. Les Etats-Unis, les Philippines, le Mexique et l'Indonésie en sont les principaux producteurs, en raison de la proximité du magma dans leur sous-sol. En terme de production de chaleur par contre, le total de pays exploitant cette source s'élève à 70. Dans ce second domaine, la Suisse se classe même au cinquième rang, derrière l'Islande et la Suède notamment, en terme de puissance géothermique installée par habitant (76 W/hab).
La géothermie suisse se caractérise par sa variété de ressources (de 10 à 2000 m de profondeur) et ses modes d'utilisation. Il existe dans le pays 35000 installations, représentant la plus grande densité au monde de sondes géothermiques verticales (pompes à chaleur) allant de 50 à 350 m de profondeur. Elles servent à chauffer les maisons familiales.
Le quart des nouvelles villas en sont maintenant dotées. Les avantages sont la réduction des coûts d'exploitation en combustible fossile et une réduction des émissions de CO2. Les yeux rivés sur Bâle
Tout comme les pompes à chaleur, les sources thermales de chaleur sont maintenant bien connues. A Riehen (BL) par exemple, se trouve la plus grande centrale suisse alimentant un réseau de distributeur de chaleur. Ses sondes ne descendent ici qu'à 1600 mètres de profondeur. 2000 des 9000 logements que compte la ville sont chauffés grâce à ce moyen.
Outre Riehen, la production d'électricité géothermique à grande profondeur de la voisine, Bâle, fait des émules. Le projet rhénan est ainsi attentivement suivi à Genève et Lausanne. «Nous attendons leurs résultats pour pousser plus loin nos recherches», explique Damien Sidler, responsable de la cellule des énergies nouvelles aux Services industriels de Genève (SIG). «Mais nous n'allons par rester les bras croisés, nous comptons effectuer des forages d'exploration. Quelques sites sont déjà pressentis, nous cherchons surtout à lier nos projets au nouveau plan de localité de quartiers genevois, afin de créer des réseaux de chauffage à distance. Quant au projet bâlois, les SIG comptent y participer en achetant des parts de capital-actions.»
A Lausanne, l'étude préliminaire se fait en étroite collaboration avec l'EPFL. Le municipal Jean-Yves Pidoux parle cependant de musique d'avenir: «Nous n'aurons pas de centrale avant 2015, mais nous en étudions sérieusement la réalisation.» A Berne, le souhait de la conseillère d'Etat Barbara Egger-Jenzer est que «d'ici à 2035, le canton puisse sortir du nucléaire et produire 80% de son électricité à partir de sources renouvelables». Outre la force hydraulique, le canton compte donner une grande importance à la géothermie.
Le concept de la géothermie est simple, toutefois, sa concrétisation reste complexe, notamment la fracturation de la roche. De plus, l'opération nécessite des moyens importants (100 millions pour le projet de Bâle) qui ne peuvent se réaliser qu'à l'échelle d'une région. François-David Vuataz, directeur du Centre de recherche en géothermie de Neuchâtel (CREGE), relève toutefois que «la géothermie constitue une alternative possible aux centrales thermonucléaires qui seront rapidement obsolètes». Markus Häring estime, quant à lui, que «80 centrales similaires à celle de Bâle suffiraient à répondre à un tiers de la demande énergétique suisse». Une source d'énergie quasiment inépuisable dans les profondeurs
Les centrales géothermiques tirent profit de la chaleur interne de la Terre, dont 99% de la masse dépasse 1000°C. Ainsi, la température augmente d'environ 3,5°C tous les 100 mètres.
Le principe de rendement de l'installation, une fois que les quelques forages ont été réalisés, n'est pas forcément complexe. «La technique consiste à injecter de l'eau sous haute pression pour fissurer le socle cristallin de manière à augmenter sa perméabilité», explique François-David Vuataz, le directeur du Centre de recherche en géothermie de Neuchâtel (CREGE). «Sous l'effet de la pression, les fissures existantes s'élargissent. On peut ensuite faire circuler en continu de l'eau dans ces failles. Un circuit liquide peut donc être instauré entre un puits d'injection et un ou plusieurs puits de production. Après son cheminement dans le réseau, l'eau réchauffée remonte et transmet l'énergie calorifique en surface au moyen d'un échangeur de chaleur. Dans le projet bâlois, il s'agit d'une turbine à vapeur. Outre la production d'électricité, la chaleur résiduelle peut ensuite être introduite dans le réseau de chauffage à distance de la ville.» Cette technique constitue donc un moyen non polluant et surtout une source d'énergie quasiment inépuisable. Philippe Miauton
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