FRANCE - Confrontée à des problèmes de saturation de l'espace, comme au Danemark avec 5 300 machines - soit une tous les 8 km2 -, ou de résistance des populations, une partie de l'industrie se tourne vers l'océan. Les parcs offshore, au large des côtes, présentent aussi l'avantage de ne pas avoir de limites de puissance, alors qu'il est très rare, sur terre, de pouvoir construire des parcs de plusieurs dizaines d'éoliennes.
En France, la Compagnie du vent vient ainsi d'annoncer qu'elle projetait de créer un parc d'une puissance de 702 mégawatts (MW), composé de 156 éoliennes, à 15 km au large du Tréport (Seine-Maritime). S'il se réalisait, il s'agirait de l'un des plus grands parcs éoliens du monde. Mais on parle aussi de projets de 1 200 MW au large de la Tamise et de l'Ecosse, tandis que Scottish Power a fermement lancé un parc de 140 turbines d'une capacité de 320 MW, qui entrera en service en 2009 au large de Glasgow.Ce sont les Danois qui ont créé le premier parc offshore, à Vindeby, en 1991. Il a permis d'apprendre à maîtriser les difficultés techniques liées à l'environnement marin : la corrosion et la poussée des vagues et des courants soumettent les machines à des contraintes plus sévères qu'à terre, tandis que le raccordement au réseau terrestre est plus coûteux. Mais, sous réserve que les parcs soient dimensionnés pour amortir ces coûts plus élevés, l'éolien en mer se révèle plus avantageux. D'abord, on augmente un peu le pourcentage de rendement. Sur terre, le rendement d'une éolienne, c'est-à-dire l'électricité effectivement produite par rapport à la puissance nominale de la machine, est inférieur à 25 %. Tout gain, même marginal, est donc précieux. De plus, on peut installer en mer des machines plus puissantes, faute de riverains pour se plaindre de l'impact visuel.
Mais la banlieue des côtes n'est pas vraiment déserte. Il y passe des routes maritimes importantes et l'on pourrait craindre des collisions entre cargos et éoliennes : un projet de Total au large de Dunkerque est ainsi en panne en raison de sa proximité avec la plus importante voie maritime du monde. Les pêcheurs aussi sont assez réticents.
Les parcs offshore soulèvent de surcroît un problème écologique : "Ils sont peut-être les précurseurs d'une industrialisation de la bande côtière, dit Jacky Bonnemains, de l'association Robin des bois. Pourraient ensuite s'installer des terminaux méthaniers, des prisons, des centrales nucléaires, des usines Seveso... Or, la bande côtière est en mer le lieu privilégié de la production biologique." Le ministère de l'industrie confirme à demi-mot cette analyse, notant, dans son rapport de 2006 sur le programme pluriannuel des investissements de production électrique, que "l'éolien en mer constitue la première tentative industrielle de mobiliser l'espace marin de manière permanente".
Pour surmonter ces objections et étendre son champ d'action, pour l'instant limité aux fonds de 10 à 15 mètres, l'industrie éolienne rêve de s'ancrer plus profond, donc plus loin des côtes.
Un programme de recherche européen, baptisé Downvind, va ainsi tester le fonctionnement de deux éoliennes à 25 km des côtes, en Ecosse, par 44 mètres de fond. De son succès dépendront sans doute l'avenir ultime de l'éolien et sa capacité à concurrencer sérieusement les énergies fossiles et le nucléaire.
Article paru dans l'édition du 11.01.07