FRANCE - La mise en avant des bienfaits écologiques à toutes les sauces est devenu une mode tellement simpliste et stupide quil faut sinterroger à chaque fois que cet argument est avancé, comme en ce moment pour le cas de lénergie éolienne.Ainsi si nos politiques en abusent pour flatter lélectorat ou sacheter une bonne conscience, ce nest pas une raison suffisante pour céder à la facilité et oublier danalyser avec rigueur les choix énergétiques loin de la démagogie ambiante.
Linconvénient, cest quil faut en permanence lutter contre des idées reçues quand ce nest pas contre des lobbies bien structurés. Dautant que leurs intentions ne sont pas aussi louables que celles des écologistes de premier plan dont ils sattirent la sympathie pour défendre leurs intérêts.
Cest le cas aujourdhui des éoliennes dont les promoteurs mettent en avant des "bienfaits écologiques" plus que discutables alors que les arguments économiques et écologiques sont en leur défaveur. Cela napparaît pas à première vue, en raison dun habile jeu de subventions.
Néanmoins en cherchant un peu on arrive à entrevoir la supercherie ou ce vent mauvais qui souffle sur cette technologie qui surfe sur la vague écologique de réduction des gaz à effet de serre comme hier les antinucléaires avec la peur.
Dans lOise un projet dimplantation dun parc déoliennes industrielles a donné loccasion à des citoyens de se pencher sur ce moyen de production dénergie dit «écologique» et de vérifier leurs supposés bienfaits. Leur constat corroboré par les conclusions des multiples rapports dexperts indépendants ou des diverses commissions nationales remet sérieusement en cause ce moyen de production dénergie pas si écologique que ça.
Marc Lefranc qui travaille dans le secteur du développement durable sest intéressé non pas aux "nuisances" générées par les éoliennes comme tout riverain qui sopposerait bêtement à cette technologie sans se poser de questions mais plutôt aux aspects économiques et écologiques pour finalement découvrir que derrière ce qui est présenté comme un moyen propre de production dénergie se cache un «vrai scandale financier et une imposture écologique».
Largument de réduction des gaz à effet de serre ne tient pas cinq minutes à un examen attentif. LAllemagne qui, pour saffranchir du nucléaire, est devenue le plus grand parc éolien mondial fait comme le Danemark partie des pays dont la production électrique rapportée à lhabitant génère le plus de CO2 dans le monde. Cela paraît paradoxal, car si lon tient compte uniquement du vent pour produire lélectricité, cette énergie apparaît comme la plus propre et la plus saine. Le "combustible" est gratuit, non "polluant" et disponible à profusion de manière quasi providentielle .
En fait, la réalité est tout autre! Une éolienne de 2,5 MW coûte 3 millions deuros et ne produit en puissance moyenne réelle que tout juste 0,6 MW. Par ailleurs le vent et par conséquent la production électrique est infiniment plus aléatoire que dans le cas dune centrale nucléaire ou hydraulique dépendant de surcroît du lieu dimplantation.
La rentabilité qui est liée au facteur de charge (rapport entre charge moyenne annuelle réelle et charge théorique de linstallation) est donc clairement en défaveur des éoliennes. Cest en langage plus clair la durée de fonctionnement et de production réelle de léquipement dans une année. Pour le nucléaire: le facteur de charge est situé entre 78 et 80%, alors que dans le cas des éoliennes ce facteur chute à 20%.
Cest cette valeur qui permet dévaluer le rendement dune installation énergétique, quelle soit renouvelable ou pas, nucléaire ou fossile. Compte tenu des périodes creuses, la compensation des pertes de charge dans le cas des léoliennes nécessite un appoint permanent généralement fourni par des centrales alimentées par une énergie fossile (pétrole ou charbon). Les à-coups de mise en route de ces centrales thermique dappoint sont à lorigine dune surproduction de gaz à effet de serre dans une bien plus grande proportion quen cas dune utilisation continue de ces centrales classiques. Le phénomène est bien connu.
Le rapport dun comité de sages publié à lissue du débat national sur les énergies en 2003 ne laisse planer aucun doute. MM. Castillon et Lesggy affirment que le complément dénergie nécessaire pour compenser linstabilité de la production éolienne fait perdre à léolien «sa double étiquette dénergie "propre" et "renouvelable". Cette énergie nest plus vraiment propre puisque co-émettrice de gaz à effet de serre; elle nest pas non plus renouvelable puisque co-consommatrice de combustibles fossiles, en loccurrence de gaz. Mais cest sans aucun doute le volet économique qui est le plus scandaleux.
Un travail aussi bien documenté que remarquablement argumenté de la CRE (Commission de régulation de lénergie) sous la présidence de Philippe de Ladoucette, avait émis le 29 juin 2006 un avis très critique à légard de lénergie éolienne considérant que «le tarif proposé qui sajoute à lensemble des dispositifs fiscaux en vigueur, représente un soutien disproportionné à la filière éolienne au regard du bénéfice attendu».
Mais le gouvernement, pourtant commanditaire de létude, sest royalement moqué de cet avis défavorable prenant le 10 juillet 2006, un arrêté qui nen tient pas compte. Et comble du cynisme son arrêté a été publié au Journal officiel le 26 juillet 2006, alors que les recommandations de la CRE ne lont été que le 27 juillet 2006 et que ses conclusions étaient connues depuis le 29 juin!
Je ne pense pas quil faille systématiquement incriminer la mauvaise foi du gouvernement actuel pour tous les maux qui nous rongent. Dans le même registre et sous une autre couleur en 2001, le gouvernement Jospin navait pas fait mieux!
Le gouvernement de Lionel Jospin avait en mai 2001 aussi saisi la CRE pour un projet darrêté fixant les conditions dachat de lélectricité produite par les centrales éoliennes. La CRE avait émis le 5 juin 2001 un avis défavorable en affirmant que «le tarif proposé entraîne des rentes indues aux promoteurs éoliens... et représente un moyen exagérément coûteux pour la collectivité».
Mais le gouvernement Jospin avait lui aussi superbement ignoré cet avis et publié son arrêté le 22 juin 2001 avec le même cynisme quaujourdhui. Faut-il croire que les lobbies de léolien se moquent de lalternance?
Par ailleurs, les mesures fiscales daccompagnement sous diverses formes (subventions, prêts bonifiés, etc.) consenties par lAdeme, les conseils généraux ou régionaux sont indirectement à la charge du contribuable. En effet, cet argent est généreusement distribué aux différents acteurs locaux (exploitants ou propriétaires terriens, municipalités, etc.) pour rendre attractive une technologie qui ne lest pas. A titre dexemple, la taxe professionnelle qui est normalement à la charge de lexploitant de léolienne est plafonnée à 3,5 % de la valeur ajoutée. Il en découle que lexploitant ne paye réellement quun tiers de cette taxe alors que les deux tiers restants sont pris en charge par lEtat (donc nous!). Arnaque!
Des membres de la Fondation Nicolas Hulot sinquiètent aussi de ce que lon dépense autant dargent dans léolien en subventions alors que des économies dénergie dans les secteurs qui génèrent le plus de gaz à effet de serre (transport et chauffage individuel) seraient infiniment plus rentables. La marge est énorme et le bénéfice, réel.
Pour de nombreuses associations de riverains qui sopposent à léolien, le retentissement sur la santé est souvent mis en avant, ce qui les fait parfois classer de simples "not in my back yard" quon traduirait par "pas dans mon jardin". Mais si les résultats de létude menée par lAcadémie nationale de médecine écartent les méfaits des infrasons colportés sur Internet, ils mettent néanmoins laccent sur les effets néfastes et connus du bruit générés par des installations industrielles déoliennes. Ce rapport avait donné lieu à une réaction assez vive du lobby éolien.
Les recommandations pleines de bon sens de lAcadémie de médecine en matière dénergie à la suite des études dimpact des choix énergétiques sur la santé devraient faire réfléchir plus dun.
A ne pas se poser les bonnes questions, on arrive à des aberrations comme pour le nucléaire où la peur avait jadis servi dargument pour biaiser le débat et aboutir à coups de révélations chocs de dernière minute (véritable détonateur!) au démantèlement de Superphénix sans véritable débat ni discussion sur le fond sur les choix énergétiques prenant compte de toutes les données.
Faris Taha
Médecin hospitalier exerçant la chirurgie maxillo-faciale en secteur public. Assure les fonctions denseignant chercheur associé dans une unité du CNRS à lUniversité de Technologie de Compiègne. Militant syndical depuis 1998 et engagé en politique depuis 2002.