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31.03.2007 - Le Courrier

Des paysans s'allient pour moissonner les vents

VAL-DE-RUZ - NEUCHATEL - Toujours plus d'agriculteurs pensent à l'énergie verte comme revenu annexe. Dans le Val-de-Ruz, onze paysans veulent construire la première éolienne privée du canton.
Christian Weber est agriculteur bio dans le Val-de-Ruz . Comme beaucoup de paysans, il cherche à diversifier ses revenus. Certains se lancent dans l'agrotourisme, ouvrent des chambres d'hôtes ou des gîtes ruraux. Mais son rêve à lui, c'est la culture du vent. Il vient de s'associer avec dix autres paysans. Ensemble, ils veulent construire sur leurs terres des hauts du Val-de-Ruz une gigantesque éolienne, du type de celle qui existe à Collonges (VS). Un peu remonté contre des opposants qui pointent déjà le bout de leur recours, Christian Weber explique pourquoi, comme partout ailleurs en Europe, les paysans suisses peuvent jouer un rôle à l'avant-garde des nouvelles formes d'approvisionnement énergétique. Et pourquoi il est extrêmement difficile de faire oeuvre de pionnier dans ce domaine. Entretien.
En quoi consiste votre projet?
Christian Weber: Nous voulons installer une éolienne avec un mât de 100 mètres et des pâles de 40 mètres. La puissance des machines de cette taille est de deux gigawatts. En fonction des mesures de vent que nous avons effectuées sur le site de la Joux-du-Plâne , nous espérons en tirer, à l'année, environ 3,5 GW/heures, parce que bien sûr elle ne tourne pas tout le temps. Cela signifie que nous pourrions avoir du courant pour un peu moins de 1000 ménages. La puissance des éoliennes augmente énormément avec leur taille. Avec le modèle que nous prévoyons, nous pouvons produire plus d'énergie que quatre des éoliennes du Mont Crosin.
Espérez-vous en tirer un revenu?
Bien sûr, mais ce n'est pas la raison principale. Si la nouvelle loi sur l'électricité entre en vigueur, et que le courant nous est acheté au prix coûtant, ça peut représenter un chiffre d'affaire qui avoisine les 700000 francs, mais ces chiffres dépendent encore de beaucoup de paramètres. Il faut les manier avec précautions. Une éolienne coûte 4millions, soit 200000 francs par an sur vingt ans, et il faut compter l'entretien par des spécialistes.
Pourquoi ne pas vous être intéressé plutôt au biogaz?
Pour l'instant, aucun projet n'existe au Val-de-Ruz. Il faudrait que tous les paysans amènent leurs déchets végétaux au même endroit, et faire une petite centrale. Les grandes sont plus efficaces, mais le problème, c'est qu'il faut du fumier et du maïs, sur de grandes surfaces. Je me demande s'il ne faudrait pas garder ces champs pour cultiver de quoi manger plutôt que pour fourrager une centrale au biogaz.
Pensez-vous vraiment que cette forme d'énergie a de l'avenir?
J'en suis convaincu. D'ailleurs, l'éolien fait une percée spectaculaire en Europe. A l'heure actuelle, le fabricant annonce deux ans d'attente, tellement la demande augmente. Il n'y a guerre qu'en Suisse que l'on continue à dormir. L'UDC et les socialistes s'allient pour que le C02 des centrales thermiques au gaz soit compensé. D'accord! Mais quand les Russes décideront de fermer le robinet, on aura l'air malin! Sur les énergies vertes, toute l'Europe commence à bouger. En Allemagne, beaucoup de privés s'associent pour construire des éoliennes. Dans le Val-de-Ruz, une étude a montré que l'autarcie énergétique était possible avec 70 éoliennes et des centrales à biogaz. Si on ne prend en compte que la consommation d'électricité, ce nombre tombe à 20. Et encore beaucoup moins si l'on veut juste compenser le 40% d'électricité d'origine nucléaire. Et puis, si nous, nous sommes convaincus, pourquoi nous mettre des bâtons dans les roues!
Faites-vous face à des oppositions?
Pas encore. La demande de permis de construire est prévue pour l'automne. Mais d'après les informations que nous avons, il y a bien des chances pour que la Fondation pour la protection du paysage s'y oppose. Nous essayerons de dialoguer avec elle. Cela dit, nous attendons toujours le nouveau jugement du Tribunal administratif neuchâtelois qui doit statuer une seconde fois sur le Crêt Meuron après que cette fondation a perdu devant le Tribunal fédéral. Si le Tribunal administratif dit non une seconde fois, notre projet est mort.
Comprenez-vous la démarche de la fondation?
Franchement, non. Je suis paysan bio depuis vingt-cinq ans. Ma démarche, c'est essayer de préserver non seulement le paysage, mais la nature. Le problème des déchets nucléaires n'est toujours pas réglé. Si, dans vingt ans, on trouve une solution miracle, il n'y aura qu'à démonter les éoliennes: il ne restera rien. Tous les gens que je rencontre me disent qu'ils trouvent qu'une éolienne, c'est beau. Je ne sais pas trop sur quelle base cette fondation s'appuie pour s'opposer aux éoliennes, car 90% des gens déclarent qu'ils sont d'accord pour favoriser les énergies renouvelables. Mais c'est vrai que les écologistes sont un peu partagés. Le WWF et les Verts soutiennent les éoliennes, il y en a d'autres qui estiment que les nuisances sont importantes.
Quelles nuisances votre projet pourrait-il engendrer?
Un peu de bruit. La loi dit qu'on ne peut construire à moins de 300 mètres des habitations. Il y en a une à 400 mètres, mais elle est habitée par des partenaires du projet, tout comme les quelques autres à moins d'un kilomètre du site. Après un kilomètre, on n'entend plus rien du tout.
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