SANETSCH - Le projet a été lancé par Swisswinds mais les communes de Savièse et de Sion sont intéressés à le faire eux même.
Les annonces de projets de parcs éoliens se succèdent les unes après autres sur les cols du canton. D'abord le Grimsel, ensuite le Nufenen, maintenant le Sanetsch. La société à responsabilité limitée saint-galloise Swisswinds a annoncé la couleur par l'un de ses membres, Werner Kallinich. Des propos aujourd'hui modérés par le président de l'entreprise, Thierry Volery, professeur et directeur de l'Institut des PME à l'Université de Saint-Gall. «C'est prématuré de parler d'autres sites aujourd'hui. Il faut se baser sur des éléments concrets. Pour le moment, nous nous intéressons à la région du Grimsel où nous avons déjà fait des mesures.»
Les communes veulent être toutes seules
Ces propos modérés tombent plutôt bien, puisque le conseil communal de Savièse réuni mercredi soir a décidé de ne pas entrer en matière sur ce projet. «Nous n'avons pas besoin d'eux pour faire ça», note le président André Reynard. «Nous avons pris contact avec l'Energie de Sion Région (ESR) et la ville de Sion, car les retombées d'un tel projet doivent rester en Valais.»
L'avis du conseil communal de Sion, qui a pris position hier après-midi, est identique. «Nous remercions la commune de Savièse d'avoir pensé à Sion pour ce projet. Le conseil municipal est d'accord de s'associer pour étudier la faisabilité de ce parc dans un premier temps et de le réaliser si les résultats sont concluants.»
Du côté du partenaire naturel, ESR, le directeur Raphaël Morisod reconnaît avoir déjà eu un contact avec les deux présidents. «Sion et Savièse seront à la tête du projet et nous assurerons le support technique.» Spécialiste du marché de l'électricité, il explique facilement cette profusion de projets. «La nouvelle loi sur l'énergie promeut les énergies renouvelables en garantissant la vente au prix coûtant. Il y a un véritable marché dans lequel veulent s'engouffrer des sociétés comme Swisswinds.» Et d'avancer des chiffres pour le projet du Sanetsch. «Vingt éoliennes produiraient 70 millions de kilowatt/heures par an. Pour donner un ordre d'idée, l'ensemble de la vente d'électricité d'ESR durant la même période est de 500 millions de kilowatt/heures.»
André Reynard ne veut pour le moment pas entendre parler d'autant de machines installées au sommet du col. «On va d'abord faire les mesures de vent en les installant sur les pylônes à haute tension qui existent déjà. Si elles se révèlent intéressantes, on en construira une ou deux. Mais il ne faut pas parler de vingt.»
Des conditions climatiques difficiles
Les Forces Motrices Bernoises (FMB), propriétaires à 50% du barrage du Sanetsch, semblent également montrer un intérêt pour ce site selon Raphaël Morisod. Ce que contredit Sebastian Vogler, porte-parole des FMB. «Nous sommes intéressés par les éoliennes, c'est vrai. Nous en possédons déjà et nous avons des projets dans le Jura notamment. Mais nous n'avons eu aucun contact avec la commune de Savièse.» Pour expliquer ces réticences, il soulève un problème technique. «Des installations dans les Alpes, à une altitude de plus de 2000 mètres posent certains problèmes liés aux conditions climatiques comme la neige et la glace. L'accès doit également être garanti toute l'année pour intervenir en cas de panne.»
André Reynard développe l'argument de défense du tissu économique local pour justifier le refus d'entrer en matière avec la société Swisswinds. Raphaël Morisod d'ESR lui emboîte le pas. «On peut tirer un parallèle avec les forces hydrauliques. Lors de la construction des barrages, le Valais n'avait pas les compétences pour le faire. Des grandes sociétés hors canton s'en sont chargées et en retirent les bénéfices. Aujourd'hui, nous avons les compétences pour faire les éoliennes.»
Le professeur Thierry Volery botte en touche. «Sur chaque site, nous voulons créer une société avec les communes ou les bourgeoisies, pour que l'économie locale profite de cette manne. C'est notre philosophie.» Les premiers jalons de la guerre du vent sont posés.