BELGIQUE - La controverse concernant lénergie éolienne et son développement en Région Wallonne est loin dêtre close comme le démontre les différentes polémiques lors du lancement dun projet spécifique. A cet effet, et sans vouloir rentrer dans le cadre de problématique locale, notre organisation qui travaille depuis longtemps sur le développement territorial de ce type dinfrastructure souhaiterait apporter au débat ses réflexions constructives.
La mise en uvre du nouveau programme « paquet-énergie-climat » que vient dadopter la Commission Européenne, fixe pour la Belgique un objectif de production de 13 % en 2020 à partir de sources dénergie renouvelable (SER). La Région wallonne devra traduire cet objectif en augmentant sa part de SER, cette production nétant dorénavant plus directement liée au sol wallon et permettant à la Région de développer des outils de production là où il y a plus de soleil et un meilleur vent que chez elle.
A cet effet, en ce qui concerne lénergie éolienne, on relèvera quactuellement le Plan wallon pour la Maîtrise Durable de lEnergie (horizon 2010) qui fixait un objectif de 200 mégawatts (Mw) de puissance installée sur terre est actuellement atteint par loctroi de permis dexploiter portant sur plus de 300 Mw et 140 éoliennes. Sont de plus actuellement à létude une quarantaine de projets pour une puissance théorique de plus de 350 Mw et plus de 150 éoliennes. La contribution du secteur éolien couplé avec dautres SER tel que le photovoltaïque et la biomasse permettent de penser que la Région wallonne serait en mesure de relever le défi fixé par la Commission à lhorizon 2020.
Il sagit dun objectif qui devra nous amener à revoir nos modes de production énergétique et de consommation. Dans ce cadre, le développement des sources dénergies renouvelables et singulièrement de lénergie éolienne est un enjeu prioritaire mais nous pensons que cette problématique doit sinscrire dans le cadre général du développement durable, cest-à-dire englober non seulement le volet énergétique mais également la dimension aménagement du territoire et plus particulièrement son volet paysager.
Dans sa déclaration de Politique Régionale adoptée en août 2003, lactuel Gouvernement wallon sétait explicitement engagé à encadrer le développement des implantations des projets éoliens sur le territoire wallon. Inter-Environnement Wallonie (1), (tout comme notre association (2)), a souligné limportance détablir en Région Wallonne une planification, qui reprendrait, pour lensemble du territoire de la Région, les zones favorables pour limplantation déoliennes et les zones dexclusion notamment pour raisons dordre paysagères ou liées au cadre de vie des habitants. Cette revendication semble dautant plus pertinente quactuellement toutes les demandes de permis unique concernent quasi exclusivement les zones agricoles reprisent au plan de secteur. Les fonctionnaires délégués à lAménagement du Territoire devant dès lors accorder des dérogations « à titre exceptionnel » à laffectation de la zone reprise au plan de secteur. Mais peut-on encore parler de caractère exceptionnel à partir du moment où les dérogations deviennent automatiques ?
A la demande de Monsieur Michel FORET, Ministre de lAménagement du Territoire du précédent gouvernement, la Faculté Agronomique de Gembloux a établi une « cartographie du champ de contraintes paysagères et environnementales comme base de détermination des zones dexclusions à la transcription au plan de secteur de la politique des éoliennes à léchelle de lensemble du territoire wallon ». Cette étude, dont la diffusion est longtemps restée discrète, ne semble pas toujours inspirer la décision politique.
« La logique « patrimoniale » doit coexister avec la modernité « durable » que représentent les énergies renouvelables. Dans ce contexte, la question doit être posée de savoir si les éoliennes sont partout admissibles, cest-à-dire sil ny a pas un enjeu à préserver certains paysages pour le fait quils donnent à voir encore aujourdhui des structures héritées dun passé plus ou moins lointain et dont la qualité de lisibilité serait amoindrie par des infrastructures aussi prégnantes visuellement » (3)
Force est de constater que, depuis plusieurs mois, les projets se multiplient et les permis sont accordés dans des régions aux paysages remarquables. Cette situation est préjudiciable aussi bien pour les promoteurs, qui ne connaissent pas clairement les règles du jeu, que pour le territoire wallon qui petit à petit se fait miter par ce nouveau type dinfrastructure.
La majeure partie des parcs éoliens existants se trouve au nord du Sillon Sambre et Meuse, le long dun axe Est Ouest parallèle à la E 411 et Nord Sud le long de la E42. Cependant, force est de relever quaujourdhui un nombre important de projet sont à létude dans des régions très sensibles sur le plan paysager comme le Condroz, la Famenne ou lArdenne mais également dans certaines parties de la Hesbaye, du Hainaut et du pays de Liège.
« Il y a là un vrai problème : si les projets éoliens se multiplient afin datteindre lobjectif énergétique, il existe un réel risque de simplification des paysages qui iraient à lencontre de la qualité majeure des paysages...On voit deux raisons principales à leffet de simplification. La première est que, spontanément, on prévoit dimplanter des éoliennes « à la campagne », le second est que les implantations déoliennes obéissent encore trop souvent à une logique technique où le paysage ne trouve pas la place qui lui revient. » (4) « La plupart des dossiers éoliens concernent des espaces naturels ou ruraux. Ces espaces libres durbanisation sont en quelque sorte considérés comme ouverts à la colonisation. Or cest sans doute dans ces espaces que le projet dun paysage avec éoliennes est le plus souvent délicat à réussir. En effet, souvent ces paysages, naturels surtout, montrent une certaine homogénéité. Et depuis les travaux de Bernard Lassus, lon sait que « seul un substrat paysager suffisamment hétérogène permet daccueillir des apports originaux ». Des sites industrialisés, en activité ou délaissés, des espaces périphériques aux agglomérations pourraient être de meilleurs territoires de projets (5). »
Une réflexion globale et encadrée simpose. En effet, un grand nombre de projets ont reçu leur permis mais nont pas encore été montés et ne sont donc pas encore « visibles » (soit à lheure actuelle une cinquantaine déoliennes sur un peu plus de 140).
Dautres organisations arrivent au même constat que nous, ainsi la commission environnement de la Fédération Wallonne de lAgriculture en sa séance du 21 février 2006 a abordé la question et a estimé qu : « en ce qui concerne les projets dimplantation, il ny a donc pas de politique globale de la Région sur les sites dimplantation et sur le nombre déoliennes projetées....La commission a estimé inacceptable que le développement des énergies renouvelables se fasse par une nouvelle emprise sur les terres agricoles. La commission demande une réflexion portant sur lensemble du territoire régional, sur base dune carte des vents, en veillant à lefficacité maximale des sites et lemprise minimale de terres agricoles. »
« Si lun des objectifs est donc détablir quels paysages patrimoniaux seraient déqualifiés du fait de limplantation déoliennes et quels sont ceux qui ne le seraient pas, un autre est-en complément- quels sont les paysages communs qui se prêtent à une valorisation éolienne et quels sont ceux qui sy prêtent moins ou pas du tout (6). » Il sagit là dune occasion de pouvoir requalifier certains paysages qui ont perdu toute cohérence, ou toute lisibilité.
Afin déviter ce mitage, une réflexion doit être menée et aboutir à la rédaction dune cartographie positive qui désignerait les zones propices à limplantation de projets de grandes ampleurs. Cette cartographie serait la synthèse des critères techniques, environnementaux et paysagers. Dans ces zones, la Région devrait mener une politique favorisant le développement éolien en facilitant laccès au sol et les raccordements au réseau électrique. Rappelons en effet que cest à condition de respecter les paysages remarquables que léolien gardera son capital de sympathie et son image respectueuse de lenvironnement.
Bibliographie
(1) Le développement éolien en Région Wallonne, position dInter-Environnement, juin 2003, www.iewonline.be ; (2) Mémoradum de lADSVN, janvier 2003, www.moligneole.be ; (3) Feltz, Le Jeune, Cuvellier et Schaar, Plan éolien wallon et paysage, Les Cahiers de lUrbanisme N° 52, Décembre 2004, p. 17 (4) Jean-François SEGUIN, Paysages avec éoliennes, lapproche française, Les Cahiers de lUrbanisme N° 52, Décembre 2004, p. 28 (5) Guide de lEtude dImpact sur lEnvironnement des parcs éoliens, Ministère de lécologie et du développement durable, AEME, 2004, p.54 (6) Dubois, Droeven, Doguet, et csrt, Gestion des paysages, La patrimonialisation : outil et écueil, Les Cahiers de lUrbanisme N° 58, Mars 2006, p. 36