VALAIS - La plus grande éolienne de Suisse, entre Collonges et Dorénaz, vit ses dernières heures de gloire. Sa voisine martigneraine la dépassera bientôt de 10 petits mètres en bout de pales.
Moins de trois semaines, c'est le temps qu'il aura fallu pour monter l'éolienne de Martigny. Si le foehn n'est pas trop capricieux ces prochains jours, la machine pourrait effectuer ses premiers tours de pales d'ici à la semaine prochaine. «Nous sommes tout à fait dans les temps prévus», se réjouit Hervé Nusbaumer, du bureau d'ingénieurs Kohle & Nusbaumer, chargé de la planification du projet.
«Le chantier a dû être stoppé quelques jours à cause des rafales de vent, mais les ouvriers ont pu rapidement reprendre le travail.»
Transport facilité
Contrairement à celui de l'éolienne de Collonges, le mât de celle de Martigny est en béton. Seule la partie sommitale est en acier. Un choix dicté par différents facteurs. Il y a d'abord le transport. Il y a plus de deux ans déjà, le chantier de Collonges avait posé passablement de problèmes aux transporteurs: la longueur et le poids des segments en acier ne permettait pas aux camions, avec parfois un chargement total de 130 tonnes, d'emprunter l'autoroute. Il avait par ailleurs fallu démonter des glissières, des barrières sur certains ponts, voire réaménager certains ronds-points. Rien de tout ça à Martigny, ou presque... Les éléments en béton ont été transportés par camions, via l'autoroute. «Malgré les travaux en cours sur la chaussée, nous avons pu obtenir l'aménagement d'une sortie spéciale à la hauteur de Vernayaz», explique Hervé Nusbaumer. «Ça facilite grandement l'accès au site. Nous aurions dû aller jusqu'à Martigny puis emprunter des routes secondaires, repasser sous l'autoroute, avant de redescendre en direction de Vernayaz.»
Divers aménagements ont été effectués jusqu'au site de l'éolienne. Jeudi, en fin d'après-midi, les six derniers camions ont acheminé les pales et le générateur au pied de la turbine. Un convoi exceptionnel, accompagné par les gendarmeries des cantons traversés, de Bâle à Martigny, en passant par Lausanne.
Plus d'électricité produite
Outre les facilités liées au transport, le mât en béton présente de nombreux avantages. Avec l'augmentation du coût de l'acier, c'est financièrement plus avantageux. La tendance est d'ailleurs nettement au mât mixte béton-acier.
Sa durée de vie est supérieure, tout comme sa résistance. «Avec l'acier, on peut aller jusqu'à 100 mètres de haut, au-delà, ce matériau est trop souple.» Seul réel inconvénient: le poids. A Collonges, le mât pèse 336 tonnes, contre 781 à Martigny! Le rotor, l'élément le plus délicat à monter, est monté ces jours-ci, si le foehn ne s'en mêle pas. Il faudra alors quelques jours pour le raccordement et les premiers tests. La production devrait donc débuter, au plus tard, avant la fin du mois.
Rappelons encore que l'éolienne de Martigny, baptisée Mont-d'Ottan, en référence à la montagne qui lui fait face, a la même puissance nominale que la Cime-de-l'Est, à Collonges, soit 2 mégawatts (2 millions de watts). Son mât fait également 100 mètres de haut. Mais ses pales sont plus longues, 40 mètres contre 35.
«Elle balaye ainsi 33% de surface en plus», précise Hervé Nusbaumer. «Si les vents sont les mêmes, on peut donc s'attendre à 33% de production électrique en plus.»
Collonges a produit 4,3 millions de kW/h l'an dernier, Martigny pourrait donc en injecter théoriquement 5,7 dans le réseau.