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05.05.2008 - La Liberté

Les projets de parcs éoliens se multiplient en Suisse. Et Fribourg n'échappe pas à la règle.

FRIBOURG - Les avantages et les limites d'une énergie qui a le vent en poupe
Les éoliennes: nouvel eldorado énergétique ou feu de paille? Enquête, notamment du côté du Mont-Crosin, le plus grand parc de Suisse, qui attire chaque année 50 000 randonneurs.
«Si tout va bien, nous aurons un parc de dix éoliennes sur le Schwyberg d'ici à 2010. Tous les citoyens sont enthousiastes à cette idée», explique Hervé Brügger, syndic de Plasselb. Qui aimerait bien être un pionnier en la matière dans un canton qui ne compte à ce jour aucune éolienne. Il n'est pourtant pas le seul à caresser ce rêve. Depuis quelques mois, des projets similaires ont bourgeonné dans d'autres communes fribourgeoises: à Semsales, Bellegarde, Châtel-Saint-Denis et La Roche (pour respectivement 21, 5, 10 et 5 éoliennes). «Pourquoi acheter de l'énergie à l'étranger, alors que l'on peut moissonner le vent qui passe à proximité?» lance résolu Jean-Claude Schuwey, syndic de Bellegarde.
Autant en rapporte le vent
Ces villages ont un dénominateur commun: ils comptent, hormis La Roche, parmi les huit sites fribourgeois les plus adaptés à l'énergie éolienne. Selon le plan sectoriel de l'énergie établi par le canton en 2002. Et tous ont été convaincus de se lancer dans l'aventure par des promoteurs, alléchés par le potentiel de ce nouveau marché énergétique.
Et ce n'est pas fini: cette ruée vers le vent ne pourrait être que la pointe de l'iceberg. Selon le Service des transports et de l'énergie, de plus en plus de demandes sont adressées au canton. Emanant de communes ou de particuliers. Tous sont animés par la même intention: obtenir grâce au bienveillant Eole leur part du nouveau filon. Car il ne faut pas s'en cacher: au-delà de son aspect écologique, la production d'énergie éolienne représente une manne tombée du ciel pour une collectivité. Ainsi, SwissWinds, le promoteur saint-gallois qui se profile derrière les projets de Semsales, Bellegarde et Châtel-Saint-Denis, promet aux communes une participation de 3% sur le chiffre d'affaires, soit un revenu qui pourrait se chiffrer à plusieurs centaines de milliers de francs par an.
Qui plus est, Suisse Eole encourage les Fribourgeois à se lancer dans le bain. A témoin, le séminaire que l'association pour la promotion de l'énergie éolienne en Suisse a organisé le 17 avril à Fribourg. Avec un titre évocateur: «Comment planifier un projet éolien dans ma commune?»
Une région propice
Est-ce à dire que Fribourg est particulièrement approprié pour les aérogénérateurs? Et qu'il va devenir un nouveau paradis de l'éolien? Selon Martin Kernen, directeur romand de Suisse Eole, le canton compte parmi les régions les plus prometteuses de Suisse en terme de qualité des vents, après les crêtes jurassiennes et le Valais.
Toujours selon Martin Kernen, il ne faut pas pour autant considérer le canton comme un cas exceptionnel: l'engouement est d'ordre national. Selon lui, plusieurs éléments expliquent les raisons de cet enthousiasme soudain. Il y a une année, le parlement a adopté le «principe de la rétribution au prix courant» pour les énergies renouvelables.
En clair, le législateur garantit sur une période de 20 ans un prix fixe par kW vert produit: 20 centimes pour ce qui est de l'énergie éolienne. Un tarif deux à trois fois supérieur à celui de l'énergie nucléaire ou hydraulique.
Bientôt numéro un?
Conséquence, l'éolien devient très intéressant pour les investisseurs. Car la rentabilité du projet est assurée sur deux décennies, période qui correspond à l'espérance de vie d'une installation. Mais la subvention fédérale sera dégressive à partir de 2009, ce qui explique le rush des investisseurs. A cela s'ajoute le fait que la technologie des éoliennes a énormément évolué: en dix ans, leur puissance de production a décuplé.
Une bataille a également été gagnée sur le plan juridique: en août 2006, le Tribunal fédéral a débouté des opposants au projet de parc éolien au Crêt-Meuron dans le Jura neuchâtelois. En argumentant que l'apport de ce type d'énergie est tout aussi important que la protection du paysage.
Un jugement qui fait aujourd'hui jurisprudence et qui a pour effet de rassurer les investisseurs. A l'instar du groupe E, qui fonde de grands espoirs en ce type d'énergie. C'est d'ailleurs lui qui est le principal promoteur du projet du Schwyberg. Avec ses 10 éoliennes, le parc devrait produire 45 GWh, ce qui correspond à l'alimentation de plus de 11 000 ménages, soit quatre fois la puissance des onze éoliennes en activité en Suisse.
A plus long terme, l'électricien fribourgeois estime le potentiel éolien du canton à 100 GWh: «Ce ne sont pas des cacahuètes, cela correspond à la moitié de la production hydraulique du barrage de Rossens», lâche Patrick Sudan, directeur ad interim de Greenwatt, société filiale du Groupe E.
L'entreprise prévoit de mettre son projet à l'enquête avant la fin de l'année. «Si notre parc se réalise avant les autres, alors notre canton sera de loin le plus grand producteur d'énergie éolienne en Suisse», poursuit-il.
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