|
13.05.2008 - Le Temps

Eolien - L'enjeu fait saliver les cantons

SUISSE - ROMANDE - Les éoliennes fleuriront-elles au rythme des saisons?
Bien que l'ordonnance adoptée par le Conseil fédéral pour la rétribution du courant injecté à prix coûtant a revu les tarifs à la baisse pour l'éolien, on s'échauffe devant les promesses d'Eole. A Collonges, la société RhôneEole, qui exploite depuis deux ans la plus grande turbine du pays, envisage de compléter son parc par deux engins. Dans le chef-lieu du très venteux coude du Rhône, à Martigny, la deuxième installation de la société prendra le vent ces prochains jours. Tandis qu'à quelques kilomètres de là, à Charrat, et à Fully, deux dossiers de mise à l'enquête sont freinés par les oppositions des communes voisines. «C'est de la jalousie», peste Raphaël Morisod, directeur de la société d'approvisionnement et distribution d'énergie électrique ESR (Energie Sion Région), partie prenante dans le projet charratin. Ses mots durs traduisent juste l'effervescence autour de la nouvelle manne promise aux producteurs de courant vert. La même agitation règne du côté des promoteurs de petites centrales hydroélectriques dont le Valais pourrait se montrer particulièrement friand. Au Service de l'énergie, on enregistre aujourd'hui déjà une quarantaine de dossiers.
Une course quasi perdue
Mais cette agitation sera-t-elle garante de résultats? Pour Peter Bodenmann, la course est déjà quasi perdue pour le Valais. S'il critique la politique énergétique menée par Moritz Leuenberger «qui a quinze ans de retard», l'ancien président du PS Suisse et féru de questions énergétiques encourage tout de même à aller grappiller l'aide fédérale: «Cette générosité était un test d'intelligence. Les parlementaires valaisans ont voté une loi, mais ils ne sont pas revenus dire la bonne nouvelle chez eux. Résultat? Le Valais n'a pas bougé. Et l'énergie à bon compte nous filera entre les doigts. Je vous propose d'appeler Swissgrid dans quelques jours et on verra combien de projets sont effectivement portés par le Valais...»
L'enjeu de l'éolien et les opportunités de produire de l'électricité à base d'énergies renouvelables à de bonnes conditions est un match un peu plus engagé pour le Valais que pour ses voisins. L'époque des barrages, où l'on avait «laissé filer l'énergie en mains étrangères» a laissé des séquelles. Et voici venu le temps pour les collectivités, et les services industriels locaux dont elles sont actionnaires, de se racheter une fierté. «Le Valais n'est plus un canton pauvre», martèle Peter Bodenmann. Les autorités politiques de Sion et Savièse ont dû suivre ce raisonnement en déclinant l'offre de la société suisse alémanique Swisswinds pour leur projet du Sanetsch en confiant le mandat à ESR, dont elles sont en partie propriétaires.
Les cantons responsables
Le Valais rêve de turbiner les vents qui caressent ses nombreux cols. On dénombre actuellement une demi-douzaine de projets de parcs éoliens sur les hauts, dont une majorité sont à un stade d'études préliminaires certes. Outre le Sanetsch et le Grimsel, on projette de construire des parcs éoliens à la Furka et au col du Simplon. Tandis qu'au Grand-Saint-Bernard, la bourgeoisie de Bourg-Saint-Pierre, a signé récemment une convention de collaboration avec la société alémanique Swisswinds, justement.
En Suisse romande, si la chaîne du Jura est bien la zone la plus propice à exploiter la force d'Eole, tout le monde s'y met ou presque. Pour éviter l'anarchie, les cantons ont aujourd'hui la responsabilité de la planification de ces projets. Certains ont inscrit les zones venteuses dans leurs plans directeurs. C'est le cas du canton de Vaud qui a dessiné treize sites favorables aux parcs éoliens. Les projets y fleurissent. A Fribourg, le projet auquel les autorités de Semsales tenaient beaucoup est bloqué par le canton, car il est prévu dans une zone de protection nationale. Mais au Schwyberg, un parc de dix éoliennes pourrait éclore dans les deux ans. Le Valais vient de constituer un groupe de travail pour la promotion de l'énergie éolienne. Les critères sont actuellement à fixer conjointement avec les services d'aménagement du territoire.
Autant de garde-fous à placer pour éviter que les grandes marguerites ne prolifèrent comme de la mauvaise herbe à chaque retour du printemps.
|