ALSACE - Le développement de lénergie éolienne, en France, sinscrit dans un contexte malsain, celui dune collusion de la finance et de lidéologie du renouvelable. Il se fait au détriment de nos paysages et de notre cadre de vie.
Antoine WAECHTER
Les éoliennes polluent le paysage.
Dans les plaines littorales de Vendée et dans les polders néerlandais, de nombreuses éoliennes se dressent à 40 mètres du sol. Cest la hauteur des pylônes de téléphonie mobile. Cest autant que les plus hauts arbres de la forêt vosgienne (35 mètres), cest un peu moins que les plus grands supports de ligne de transport délectricité (55 mètres). Les éoliennes du Bonhomme auront une hauteur de 120 mètres et au bout du mât lenvergure des pales est de 50 mètres ! Cest deux fois plus que les plus grands objets connus dans le paysage alsacien.
Dans les plaines, lespace horizontal absorbe une partie de la verticalité. A lintérieur des terres, les éoliennes sont placées en sommet de relief, une position qui en accentue la dimension. A Fos sur Mer, les éoliennes (60 mètres) forment un paysage cohérent avec leur environnement industriel. Dans la montagne vosgienne, elles sont une intrusion technologique dans un espace dédié à la nature et perçu comme sauvage. La montagne est lantithèse de la mégalopole qui se dessine dans le fossé rhénan : ses qualités résident dans sa virginité en signe urbain et technologique. Dans les Vosges, le parc déoliennes imposera une empreinte industrielle dans un paysage naturel, et cela dans un vaste périmètre. Les éoliennes de Fribourg-en-Brisgau sont perceptibles des hauteurs de Rouffach (distance : 40 kilomètres), mais lobservateur doit savoir quelles existent pour les voir. A 10 kilomètres de distance, elles simposent comme un point focal.
Dans un contexte de croissance énergétique, le recours au renouvelable prépare un asservissement total de la nature
Le refus du nucléaire et la dérive climatique ont paré les énergies renouvelables de toutes les vertus. Au point que certains élus veulent leur éolienne comme un certificat de bonne conduite écologique et que certains antinucléaires investissent leur opposition à latome dans la promotion du vent. Or, au-delà dun seuil de mobilisation, dans un contexte de croissance sans limites, les énergies renouvelables peuvent devenir des énergies dures : dégradation des forêts pour satisfaire la demande en bois de feu (comme au début du XIXe siècle), altération des cours deau par la multiplication des centrales hydroélectriques (lhydroélectricité a justifié la deuxième canalisation du Rhin), envahissement de lespace agricole par la production de biocarburants, industrialisation du paysage par les éoliennes.
Lexploitation intensive des énergies renouvelables implique des habitats naturels et des espaces jusqualors relativement protégés. Sans une remise en cause de la demande croissante dénergie, le recours au renouvelable prépare lasservissement de tout ce qui nous reste despaces « sauvages ».
Pour autant, le recours à léolien ne contribuera pas à une sortie du nucléaire en France. Lélectricité produite est injectée dans le réseau dEDF, où elle rejoint lexcédent de production nationale, qui est commercialisé à létranger ou consommé par le chauffage électrique et léclairage des monuments. Construire des éoliennes en labsence dune réorientation fondamentale de la politique énergétique, dont laxe central doit être une réduction drastique de la consommation, na guère de sens. Sa contribution restera marginale. De plus, cette énergie aléatoire (les éoliennes ne fonctionnent qu'avec des vitesses de vents comprises entre 20 et 80 km/h) ne peut avoir comme complément qu'une énergie souple à mettre en oeuvre : centrales thermiques au fuel ou au gaz, hydroélectricité. En l'état actuel de la technique, le vent n'est pas une réponse à l'effet de serre.
Une base malsaine de développement
Le développement des éoliennes dans notre pays repose sur un mécanisme malsain, celui dun prix garanti au kilowatt/heure produit. La rentabilité de linvestissement est assurée. Rien détonnant, dès lors, que des entreprises financières se précipitent sur cette manne. Le bénéfice dépend du nombre de kilowatts heures produits, ce qui explique la hauteur des pylônes et leur localisation sur le relief. La chasse aux sites daccueil est ouverte : des chasseurs dopportunité sont rémunérés pour apprécier la réactivité des populations locales et ladhésion des élus locaux.
Sous la pression des groupes financiers qui ont investi dans l'éolien, la multiplication des projets transformera l'espace naturel en zone industrielle dédiée au vent.
Un mauvais coup pour le tourisme de lAlsace
Les premières éoliennes ont suscité la curiosité. Rencontrées en bord de mer, peu nombreuses, elles ont pu séduire. Les suivantes banalisent lobjet et banalisent les territoires qui les accueillent. Lattractivité touristique des Vosges repose sur la qualité de ses paysages et sur son caractère naturel. Les visiteurs de cette région y recherchent un sentiment dimmuabilité, loin des ambiances urbaines et industrielles quils connaissent à longueur dannée.
Nous nous sommes battus pendant trente ans pour réduire le nombre des pylônes EDF et éviter la multiplication des antennes de téléphonie mobile. Aujourdhui, certains prétendent planter sur le relief des pylônes blancs trois fois plus hauts et plus visibles (blancs et équipés de lumières) !
Conclusion : non aux éoliennes en Alsace
Les éoliennes ont leur place dans une politique énergétique intégrant lensemble des facteurs environnementaux. Elles ont leur place dans les plaines littorales et en mer, où leurs dimensions peuvent être réduites substantiellement.
LAlsace contribue largement à la production dénergies renouvelables : elle y a sacrifié le Rhin sauvage. La vocation énergétique de lAlsace réside dans le solaire, le bois et la géothermie. Le Conseil Régional a, fort logiquement, investi dans ce sens.
Alors, de grâce, ne sacrifions pas les Vosges à dinutiles éoliennes, qui ne font le bénéfice que de linvestisseur, de la commune qui perçoit les taxes professionnelles (en cassant le paysage des communes voisines) et du propriétaire foncier qui loue lemprise des pylônes.
Antoine WAECHTER
Lassemblée générale de Paysage dAlsace du 21 mai