ARC-JURASSIEN - Face à la multiplication dannonces de projets de parcs dhélices sur les crêtes, Pro Natura ne cache pas son inquiétude et réclame une planification claire.
La multiplication des projets de parcs éoliens sur les crêtes du Jura (LT du 03.07.2009) avive le débat. Lassociation de protection de lenvironnement Pro Natura émet un «oui mais» à la déferlante de turbines. Où le «mais» prend plus dimportance que le «oui», face à la surenchère deffets dannonce.
«Quand je lis que Pro Natura est daccord avec les projets, je suis pour le moins surpris», explique le porte-parole, Nicolas Wüthrich. Qui sempresse daffirmer sans ambages être «favorable aux énergies renouvelables, donc à léolien, mais pas nimporte où, ni nimporte comment».
Première source dinquiétude: la quantité de projets. «Il faut certes produire de lénergie verte, mais aussi sappliquer à économiser lélectricité. La multiplicité actuelle donne limpression quon additionne sans fin. Il ne faut pas faire pour faire», poursuit Nicolas Wüthrich.
Et surtout, insiste-t-il alors, cette possible invasion de turbines aériennes, au sommet de mâts de 100 mètres, «a un énorme impact. Et il nest pas question de ne pas tenir compte de la protection de lenvironnement.»
Des adversaires résolus
La notion dimpact est perçue de plusieurs manières: par la lorgnette des défenseurs de lenvironnement, mais aussi par le prisme de lacceptabilité par les populations. Il y a encore les adversaires résolus de lAssociation «paysages sans éoliennes».
«La Suisse nest fondamentalement pas un pays éolien», clament-ils, en raison du manque de force et de régularité des vents, de labsence de grands espaces libres inhabités. «Et parce que la construction daérogénérateurs de plus de 100 mètres de haut sur les endroits les plus exposés de nos crêtes a un impact désastreux sur le paysage». Ils émettent encore des doutes sur la rentabilité de la production délectricité à partir du vent et sur la part marginale de cette énergie.
Du côté de Pro Natura, les inquiétudes sont focalisées sur les atteintes au paysage. «Et sur la faune, précise Nicolas Wüthrich. Il y a un impact réel sur les oiseaux et, a-t-on découvert dernièrement, sur les chauves-souris. Au plan environnemental, les zones de protection, définies par la Confédération, sont exclues. Lempiétement de certains projets nest pas acceptable.» Et den appeler à des planifications cantonales claires. «Ce nest pas toujours le cas.»
Les cantons seraient-ils laxistes? «Je minscris en faux, rétorque Jean-Luc Juvet, chef du Service neuchâtelois de lénergie. Neuchâtel a été lun des premiers en Suisse à définir une planification, en 2001. Elle prévoyait deux parcs, dont celui du Crêt-Meuron. En 2008, le Conseil dEtat a décidé de revoir sa conception. Elle fera la pesée dintérêts entre ce qui est techniquement faisable, acceptable pour le paysage et souhaitable en termes de politique énergétique.» Il insiste: «Les cantons gèrent le développement des parcs éoliens. Ce qui est incontrôlé, ce sont les effets dannonce. Les promoteurs occupent le terrain médiatique, physique et vis-à-vis des propriétaires fonciers. Ça na pas grand-chose à voir avec la réalité.»
Pas intégrable
La question de lintégration déoliennes au paysage a fait lobjet dune étude du bureau Natura, aux Reussilles, au pied du Mont-Crosin. «Il faut dabord admettre quune éolienne ne sintègre pas dans un paysage, explique le codirecteur, Emmanuel Comtesse. Elle sera toujours visible.» Ce qui nen fait pas forcément une verrue. «Il sagit didentifier comment la population perçoit le paysage avec des éoliennes, et quand on atteint la saturation.» Son bureau a estimé que, sur les quelque 7 kilomètres de crête du Mont-Crosin, une vingtaine déoliennes pouvaient prendre place. La société Juvent va en construire huit nouvelles, en plus des huit existantes. «Ce qui est important, cest davoir, à côté des éoliennes, un horizon dégagé, reprend Emmanuel Comtesse. Il faut placer les machines par grappes et pas les échelonner de manière linéaire sur la crête. La morphologie du terrain compte pour beaucoup. Ce qui est valable pour un site ne lest pas forcément pour un autre. On doit enfin prendre en compte lensemble des parcs. Ça peut poser problème si, dune crête, je vois les machines sur la montagne voisine.» Et dexpliquer, comme à Pro Natura, que tout est question de planification, «globale et intercantonale», insiste Emmanuel Comtesse.
Il faut encore insérer, dans le débat, les «conflits dintérêts locaux». Les propriétaires fonciers encaissent une redevance pour la mise à disposition de leur terrain. Limportance des investissements ne laisse pas certains édiles communaux indifférents. «Il y a alors un risque de travers dans lappréciation globale des enjeux», note le porte-parole de Pro Natura.