NEUCHATEL - L'association des Amis du Mont-Racine se dit «profondément préoccupée» par l'impact qu'aurait le projet de 18 éoliennes industrielles du Grand-Coeurie sur le paysage de cette crête située entre La Tourne et le Mont-Racine. Dans un courrier adressé hier au Grand Conseil, au Conseil général de La Chaux-de-Fonds et aux médias, elle ne demande rien de moins qu'une suspension du développement de l'énergie éolienne dans le canton de Neuchâtel.
«Pendant ce moratoire, nous souhaiterions que les autorités mènent une véritable réflexion politique, qui n'a toujours pas eu lieu, sur le réel apport énergétique et financier de cette source d'énergie problématique en regard d'un saccage de notre patrimoine naturel», commente Dimitri Baumgartner, président des Amis du Mont-Racine (AMR).
«L'heure n'est plus à la réflexion politique, mais technique. Dans le dossier du Crêt-Meuron, le Tribunal fédéral a reconnu sur le principe que l'apport de l'énergie éolienne est suffisant pour aller de l'avant, ce qui a entraîné d'autres dépôts de projets», répond Jean-Luc Juvet, chef du Service cantonal de l'énergie. «Mais si les Amis du Mont-Racine craignent que ça signifie un blanc-seing à tout et n'importe quoi, ils se trompent.»
Les AMR font précisément partie des mouvements ayant combattu, en vain, l'implantation d'éoliennes au Crêt-Meuron, près de Tête-de-Ran. «Nous nous rendons compte que déposer recours sur recours ne serait pas constructif», note Dimitri Baumgartner. «D'où notre objectif d'avoir un vrai débat, d'attirer l'attention des citoyens et des élus.»
Fondée en 1967 suite au plébiscite populaire en faveur du décret de protection des crêtes, l'AMR compte 550 membres. Dans son courrier, exemples à l'appui, elle dénonce l'impact de la construction et de l'exploitation des grandes éoliennes de 140 mètres sur la faune, la flore et les panoramas du Jura - avec une perte d'attractivité touristique -, ainsi que les informations «souvent trompeuses» des «lobbies éoliens suisses et européens.»
«Le nouveau concept éolien cantonal contient une grosse part de données relatives aux paysages», précise Jean-Luc Juvet. «Nous pourrons ainsi faire une pesée d'intérêt sereine entre l'attrait énergétique et l'atteinte paysagère de chaque projet.» Ce concept devrait être rendu public et mis en consultation par l'Etat d'ici fin septembre.
Si celui-ci ne leur convient pas, les AMR envisagent de lancer une initiative populaire pour un meilleur respect des crêtes neuchâteloises protégées depuis 1966.