NEUCHATEL - L'Etat de Neuchâtel a défini six zones propices pour accueillir des éoliennes. Le potentiel de courant vert produit devrait satisfaire la consommation de 50 000 ménages. Chaumont exclu de cette première livrée de la carte des vents, à cause de... sa belle vue.
Dans un horizon pas bien lointain, près de 50 000 ménages neuchâtelois devraient consommer de l'énergie produite grâce à la force du vent. Le Concept éolien du canton de Neuchâtel présenté hier par le Conseil d'Etat mise sur six sites d'accueil (voir infographie). Lesquels devraient permettre l'implantation d'une cinquantaine d'éoliennes au total.
En l'état des connaissances techniques actuelles, ces aérogénérateurs doivent produire 180 gigawatt /heure ou le 18% de la consommation totale d'électricité du canton de Neuchâtel. Mais il ne s'agit là que d'estimations dès lors que des mesures de vent n'ont été effectuées qu'au Crêt-Meuron. Mais ce sont ces seuls périmètres qui ont été retenus pour tendre vers l'autonomie énergétique (en complément d'autres ressources comme l'hydraulique, photovoltaïque ou autre géothermie) voulue par le canton.
Selon Claude Nicati, les pales des premières éoliennes pourraient tourner vers la fin de 2011. «Je veux mettre le turbo sur ce dossier», ne cache pas le chef de la Gestion du territoire. Mais cette échéance ne pourrait être tenue que dans le plus optimiste des scénarios. A titre de comparaison, Martin Kernen, de Planair (bureau qui a participé à l'élaboration technique du Concept éolien), ne pense pas que les aérogénérateurs produiront de l'électricité avant 2011, à Crêt-Meuron. Or, il s'agit là du projet le plus avancé (les arrêts du canton réglant les oppositions remplissent un classeur).
Des blocages pourraient notamment provenir de communes ou associations déçues. Elles disposent d'un délai jusqu'à fin octobre pour se déterminer sur le Concept éolien neuchâtelois. Et le conseiller d'Etat pressent que certains grinceront des dents - peut-être pas les villes du Le Locle et La Chaux-de-Fonds, dont la protection de l'urbanisme horloger par l'Unesco empêche pratiquement l'érection de gigantesques éoliennes (jusqu'à 135 mètres de haut en bout de pale). Une fois accepté, le Concept éolien doit servir à la révision du plan directeur cantonal relative à l'énergie éolienne. Sa nouvelle fiche de coordination (la dernière date de 2001) ainsi que l'ensemble du plan directeur cantonal seront soumis à la Confédération dans une année environ.
Le choix des sites éoliens ne doit rien au hasard. Les critères d'évaluation qui ont permis «l'écrémage» des 803 km2 du territoire neuchâtelois reposent sur deux études: celles technique et paysagère. La première table sur une vitesse de vents supérieure à 4,5 mètres par seconde à une hauteur de 50 mètres, et la possibilité de bâtir au moins trois éoliennes tout en respectant les critères environnementaux. A ce stade, quatorze sites restaient en lice. Les contraintes paysagères font trébucher d'éventuelles velléités au Mont-d'Amin, au Mont-Racine, à Tête-de-Ran, dans les vallées à tourbières tout comme le projet de Chaumont.
L'exclusion de Chaumont «discutable»
Avant tout le monde, les autorités de la Ville de Neuchâtel ont été avisées de l'exclusion de Chaumont du Concept éolien neuchâtelois. Olivier Arni salue la volonté de l'Etat d'avancer dans ce dossier «avec une vision cohérente». Le conseiller communal en charge du développement durable trouve toutefois «cette décision discutable». Et d'enchaîner: «Nous allons pousser pour mettre en valeur ce projet désormais en main de Viteos et pour lequel un budget de 8,8 millions de francs a été voté.» A titre personnel, Martin Kernen, du Bureau Planair, regrette ce verdict. «Ce projet est l'émanation d'une vraie volonté de la Ville. Il fait résonance avec tout ce que le chef-lieu a entrepris.» Les arguments d'Emmanuel Contesse, du Bureau Natura (responsable de l'étude paysagère), résistent cependant au gros temps: «Des critères comme l'entrave aux axes de vue emblématiques et typiques ont déjà été relevés avant notre étude. Cette logique de continuité au sud de Chasseral fait que les projets du Mont-Sujet, Plateau de Diesse et les hauts de Lignières ont été refusés.» Olivier Arni voit la chose différemment: «L'impact paysager est discutable. Je ne comprends pas cette volonté de cacher les éoliennes. Leur visibilité serait minime de l'autre côté du lac. L'Etat ne veut pas d'éoliennes sur la première crête du Jura, mais l'impact visuel ne semble plus déranger sur la deuxième crête...» Un plan spécial avait été établi et «doit être discuté avec Savagnier dans l'éventualité de passer de deux à quatre éoliennes», se morfond Olivier Arni.
Le concept neuchâtelois éolien