FRIBOURG - Éoliennes du Schwyberg ? Des privés contestent aux communes de Planfayon et Plasselb la qualité de se prononcer sur le projet.
En tant qu'actionnaires de la société Schwyberg Energie SA, dont elles détiennent chacune 5% du capital, les communes de Planfayon et Plasselb ne devraient pas avoir le droit de se prononcer sur le changement de zone nécessaire à la réalisation du parc éolien du Schwyberg. Tel est le raisonnement des responsables de l'Hostellerie am Schwarzsee, au Lac-Noir, et de son propriétaire BRL Immobilien AG (également active dans la vente de chalets), qui figurent au rang des opposants au projet de Groupe E.
Rejetée par le préfet de la Singine, leur opposition est actuellement pendante devant le Tribunal administratif (TA) du canton de Fribourg. Elle s'ajoute aux dix autres, portant sur la procédure de changement de zone elle-même, émanant d'associations de protection de la nature et de privés. Selon les hôteliers du Lac-Noir, guère enchantés par la perspective de voir leur pôle touristique surplombé par des ventilateurs hauts de 140 mètres, Plasselb et Planfayon seraient à la fois juge et partie dans ce dossier. Ensemble, elles possèdent en effet 10% des actions de l'entreprise - détenue à 90% par Groupe E Greenwatt - qui porte le projet éolien.
Bloqué en justice
Tant que le TA n'aura pas tranché la question, le dossier ne pourra pas être transmis au canton, dont le feu vert au changement de zone est nécessaire pour pouvoir commencer les travaux, concède Christophe Kaempf, porte-parole de Groupe E. «Nous espérons que le Tribunal administratif statuera le plus vite possible, afin de pouvoir aller de l'avant.»
Le projet, qui prévoit la construction de neuf éoliennes sur la crête du Schwyberg, a déjà pris une année de retard en raison des diverses oppositions qu'il a suscitées. Groupe E ne perd pas espoir de voir les trois premières éoliennes construites l'année prochaine encore. «Quant aux six autres, il est prévu de les achever d'ici à la fin 2012», explique Christophe Kaempf.
En novembre dernier, ajoute-t-il, plusieurs séances de conciliation se sont tenues en présence des responsables du projet éolien, des représentants des communes de Planfayon et Plasselb ainsi que des opposants. «Ces discussions se sont déroulées dans un climat constructif avec les associations de protection de l'environnement», assure le porte-parole de Groupe E. Aucune opposition n'a toutefois été retirée à ce jour.
Et la vallée de Joux?
Si les associations ne contestent pas le projet de manière fondamentale (lire ci-dessous), le parc éolien du Schwyberg doit toutefois compter avec des adversaires nettement plus résolus. A commencer par les membres de l'association Rettet den Schwyberg («Sauvez le Schwyberg»), présidée par Bernhard Aebischer, de Schmitten. Estimant que le rendement énergétique des éoliennes est bien trop faible pour justifier leur présence envahissante dans le paysage singinois, ils prônent le retrait pur et simple du projet de Groupe E.
Se référant aux récentes prises de position de Pro Natura, du WWF Suisse et de la Fondation suisse pour la protection et l'aménagement du paysage, qui se sont opposés au projet Eoljoux - qui prévoit la construction de dix éoliennes dans la vallée de Joux (VD) - Bernhard Aebischer s'étonne de voir les branches locales de ces associations faire preuve d'une certaine tiédeur dans leur contestation du parc du Schwyberg. Et l'homme d'affirmer que la construction des éoliennes pourrait encore être contrecarrée «si nous tirions tous à la même corde». I
Le Schwyberg n'est pas intouchable
«Contrairement à Rettet den Schwyberg, nous ne sommes effectivement pas fondamentalement opposés à ce projet éolien», admet d'emblée Yolande Peisl-Gaillet, chargée d'affaires de Pro Natura Fribourg. «Nous contestons en revanche les lacunes du rapport d'impact sur l'environnement. Et nous ne retirerons pas notre opposition tant que les conclusions de la Station ornithologique de Sempach concernant l'avifaune ne seront pas connues.»
Responsable romand de la Fondation suisse pour la protection et l'aménagement du paysage (FP), Roman Hapka ajoute que les associations ne peuvent s'opposer à un projet que dans les limites du cadre légal que leur confère, notamment, le droit de recours. En l'espèce, la région du Schwyberg ne figure pas - au contraire de la vallée de Joux - à l'Inventaire fédéral du paysage, synonyme d'«intouchabilité».
«Nous n'avons pas d'argument légal pour demander l'interdiction des éoliennes du Schwyberg. Notre opposition porte uniquement sur le changement de zone et sur les permis de construire accordés par les communes», explique Roman Hapka. Il rappelle toutefois que la FP s'est engagée en faveur de la réalisation d'études paysagères complètes avant la construction de parc d'éoliennes, afin d'en déterminer l'impact sur des sites particulièrement exposés - comme les crêtes.
«Nous n'avons évidemment aucun problème avec les énergies vertes», ajoute Yolande Peisl-Gaillet. «Mais tous les éléments naturels doivent être pris en compte. Il faut en particulier protéger scrupuleusement les objets inclus dans les inventaires fédéraux. L'opposition de Pro Natura à Eoljoux s'explique par la volonté de ne pas permettre la création d'un précédent en la matière.»
________________________
04.02.2010 - La Liberté
FRIBOURG - Pro Natura, WWF Suisse et la Fondation suisse pour la protection du paysage combattent, selon «La Liberté» du 28 janvier, la construction de sept éoliennes à la vallée de Joux. En tant que Fribourgeois, il faut se demander pourquoi les collègues de notre canton ne s'opposent pas aux neuf éoliennes prévues sur le Schwyberg.
Est-ce que nos paysages ne valent pas autant? Sur le Schwyberg, l'impact de ces neuf monstres de 140 mètres de hauteur serait beaucoup plus grand. Alors pourquoi ces associations ne s'y opposent-elles pas fondamentalement? Leur manque-t-il du courage?
Une étude de l'Institut Paul Scherrer, à Villigen, démontre que le potentiel maximal des éoliennes en Suisse ne pourra jamais dépasser 1,1% de la production totale de courant électrique. D'un autre côté, de nouvelles centrales nucléaires vont être construites, vu qu'il n'y a pas d'opposition sérieuse. Alors je ne comprends pas pourquoi il faudrait sacrifier nos Préalpes fribourgeoises, une ressource naturelle pour nous tous, et un atout fantastique pour notre tourisme.
Bernhard Aebischer,
prés. de l'Association Rettet den Schwyberg, Schmitten