VALAIS - Les turbines à vent surfent sur la vague du courant vert. Mais elles n'ont pas que des supporters. A Collonges, Florence Lattion s'oppose depuis deux ans à l'extension du parc éolien.
Assise à la table de sa cuisine, Florence Lattion Richard feuillette un gros classeur fédéral. «C'est le dossier sur l'éolienne.» De sa villa sur les hauts du village de Collonges, elle a une vue imprenable sur la turbine-test de ce qui pourrait devenir le premier parc éolien du Valais, à 1 kilomètre de là. Elle voit même les pales de celle de Martigny. «Alors même que le concept cantonal dit qu'on ne devrait pas pouvoir voir deux parcs...»
Depuis deux ans, elle s'oppose à la réalisation d'un parc entre Collonges et Dorénaz. Elle a également déposé un recours auprès du canton, estimant que, lorsque l'assemblée primaire avait accepté, à une voix près, le plan d'aménagement détaillé du futur parc, les citoyens n'avaient pas reçu les informations pertinentes pour se prononcer en connaissance de cause.
Pour l'heure, le plan d'affectation détaillé a dû être complété. Le nouveau plan ne prévoit désormais «plus que» trois machines. «Je crois que tous les services concernés ont donné un préavis positif», avance Florence Lattion, «la décision du Conseil d'Etat ne devrait plus tarder.»
Mesures pas significatives
Alors que la fronde anti-éolienne avait été forte lors de cette assemblée primaire - un vote de 36 contre et 37 pour - ils se retrouvent aujourd'hui seuls dans ce combat. Les oppositions émanant des propriétaires des parcelles concernées ont été retirées. «On ne se sent pas vraiment seuls. On sait que beaucoup de gens de Collonges sont contre. Tout le monde l'entend cette éolienne, mais certains n'osent pas ou ne peuvent pas se mettre en avant.»
Le bruit, c'est ce qui les dérange le plus. Une étude a été commandée par l'Etat du Valais à un bureau indépendant qui est venu durant cinq jours, en février 2009. Le vent était trop fort durant trois jours pour donner des résultats significatifs. «On a deux mesures: une le jour, lorsque le vent souffle en direction de Martigny et qu'on n'entend rien. Et une la nuit. C'est donc sur cette unique relevé qu'on se base pour nous dire que l'éolienne n'est pas audible depuis Collonges! On est très loin de la réalité.»
Un bruit qu'ils perçoivent, surtout la nuit, comme beaucoup de Collondzins nous l'ont confirmé, même fenêtres fermées, pas en continu. «Et c'est pire», assure son mari, Alain Richard, «un bruit continu, on s'habitue. Avec un bruit intermittent, les semaines de foehn, on déguste.» Deux éoliennes supplémentaires devraient accroître ces nuisances. «Surtout qu'elles seront plus grandes et avec des mâts en béton reconnus plus bruyants», ajoute Florence Lattion Richard, «le procédé est malhonnête: on nous met une éolienne-test, et on construit ensuite des machines différentes. Où sont les mesures? Les enquêtes de satisfaction? Tout ce qui a été testé, c'est la rentabilité.»
Les Richard s'inquiètent aussi des effets possibles des infrasons émis par les éoliennes. Plusieurs études scientifiques soulignent qu'ils pourraient affecter la santé des riverains. Suivant le principe de précaution, plusieurs pays ont nettement augmenté les distances minimales par rapport aux habitations. A 1,5 kilomètre en France et en Allemagne, à 3 kilomètres au Canada. Et en Suisse? 300 mètres. «Ces pays ont quinze ans d'éolien derrière eux. Mais on n'en tient pas compte. La topographie de notre pays n'est tout simplement pas adaptée», assure Alain Richard.
En somme, ce qui gène surtout les Richard, c'est le rapport nuisances-avantages. Pour Collonges, l'éolienne de la Cime de l'Est représente un apport annuel de 20 000 à 25 000 francs. Trois turbines devraient donc rapporter entre 60 000 et 75 000 francs. «Et tout ça pour quoi? A part le bruit, il y a l'impact visuel. Les trois éoliennes, depuis le village, donneront l'impression de former un mur. On a déjà l'autoroute et les lignes à haute tension. L'immobilier perd de sa valeur, entre 20 et 30%. Difficile d'attirer de nouveaux contribuables dans ces conditions.» Payée à 20 centimes le kWh par la Confédération, la production d'une seule éolienne représente un chiffre d'affaires de 1 million par année, dont 2 à 2,5% sont reversés aux communes partenaires de RhônEole, à savoir Evionnaz, Collonges, Dorénaz, Vernayaz et Martigny. «C'est très rentable pour les électriciens, pas vraiment pour les communes qui auraient pu négocier de meilleures conditions.»
Florence et Alain ne se sont pour l'heure pas décidés à poursuivre ou non la procédure. Si le Conseil d'Etat venait à les débouter, ils pourraient recourir au Tribunal cantonal, puis, le cas échéant, fédéral. «Jusqu'ici, on n'a pas pris d'avocat et les frais sont supportables. Après, on verra. Certains mécontents sont près à nous soutenir. Quoi qu'il arrive, notre opposition aura déjà permis d'enlever une éolienne, c'est toujours ça de pris.»