FRANCHES-MONTAGNES - On a débouché le champagne hier à la commune de Muriaux. Après des mois d'attente, le canton du Jura a délivré le permis de construire pour trois éoliennes sur le territoire du Peuchapatte. Désormais déboutés administrativement, les opposants ont la possibilité de recourir auprès du tribunal de première instance.
«Cet automne, ça doit tourner!» A l'autre bout du combiné, Pierre-André Gigon jubile. Le maire de Muriaux a reçu hier matin par la poste le permis de construire. Après des mois d'attente. Un délai que l'élu n'est pas près d'avaler, on le verra plus bas.
Une surprise? Mouais... Il y a une dizaine de jours, le ministre de l'Environnement Laurent Schaffter avait publiquement déclaré que toutes les études effectuées sur le site répondent favorablement aux exigences de la loi. Cinq riverains avaient déposé un recours au terme de la mise à l'enquête publique. Principal grief: la nuisance sonore. «Cette affaire court depuis juillet 2009», rappelle Pierre-André Gigon. «Après la séance de conciliation d'octobre dernier qui avait capoté, le dossier n'a pas beaucoup avancé.»
Encore que. Frustrée, la commune de Muriaux a mandaté un avocat. Mi-janvier, le ministre s'était déplacé dans le village franc-montagnard. Si tout se déroule selon le scénario le plus favorable - celui du maire -, les trois éoliennes géantes de 150 mètres (comme les deux de Saint-Brais) tourneront donc cet automne. Mais les opposants disposent désormais de 30 jours pour recourir contre la décision du Service des constructions. Auprès du tribunal, cette fois.
Avec l'éternelle prudence qui le caractérise, le maire murivalais se déclare toutefois optimiste. «Les dernières expertises ont rendu un verdict implacable. Tout est en règle. Les recours ont peu de chances d'aboutir.» Qui dit éoliennes dit gros sous. Installés sur des terrains privés, les trois engins vont rapporter 50 000 francs par année à la commune de Muriaux. Cet argent alimentera un fonds consacré à l'entretien paysager. Un contrat de 30 ans a été signé avec la société Alpiq, qui va injecter 17 millions de francs dans le projet du Peuchapatte. Projet classé «prioritaire» par le canton du Jura. Le transport de l'énergie produite - environ les 10% de la consommation électrique annuelle des ménages jurassiens - ne nécessitera pas la construction de lignes supplémentaires.
«On ne brasse pas que du vent», pavoisait encore Pierre-André Gigon, envoyant au passage une petite pique au Gouvernement jurassien: «Nos ministres ont besoin d'être éclairés!» Dans l'euphorie, le maire ajoutait que la SA Eole Jura, qui gère le dossier du Peuchapatte, a déplacé son siège social de Delémont à Muriaux. «Epais», le permis délivré n'a pas encore pu être épluché par le Conseil communal. Le maire l'a parcouru. Y figure notamment une clause qui exige, en cas de nécessité, que le courant éolien produit par les trois turbines profite en priorité aux Jurassiens, au prix du marché. Là aussi, cette exigence formulée par le canton du Jura peut faire l'objet d'un recours de la part des maîtres d'½uvre.
Sans le déclarer officiellement, la commune de Muriaux ne voulait pas entrer en matière quant à son adhésion dans le projet du Parc naturel régional du Doubs tant que le permis des éoliennes n'était pas octroyé. Le maire: «On mettra ce point à l'ordre d'une prochaine séance du conseil. Mais je ne sais pas quand. On ne va rien brusquer. On prendra le même délai que le canton s'est autorisé avec les éoliennes!»
Un vrai de vrai!
Nota : Les deux éoliennes de St.-Brais font :