MONT-CROSIN - Pendant que dautres sociétés élaborent des projets à la pelle, les Forces motrices bernoises construisent huit éoliennes à Mont-Crosin. Interview de la référence ès éoliennes en Suisse depuis vingt ans, Martin Pfisterer
Un transport exceptionnel, par péniche sur le Rhin, en provenance du Danemark où elles sont fabriquées, puis par camion de Bâle à Mont-Crosin. Ensuite: un chantier dune ampleur inégalée dans le Jura bernois, avec une grue télescopique gigantesque. La société Juvent, filiale de Sol-E suisse et FMB-Energie SA construit huit nouvelles éoliennes de 140 mètres de haut dans le parc qui surplombe Saint-Imier, dans le Jura bernois, et qui compte déjà huit turbines érigées progressivement depuis 1995.
Pendant que dautres sociétés électriques se disputent des terrains et font de la surenchère, les FMB réalisent dans une apparente sérénité ce qui constitue, à lheure actuelle, lunique parc éolien digne de ce nom en Suisse. Les huit nouveaux ventilateurs dune puissance de 2 mégawatts chacun nécessitent un investissement de 52 millions, y compris pour construire une sous-station électrique et assurer le transport de lélectricité. Avec seize machines, le parc de Mont-Crosin produira 40 millions de kilowattheures par an, la consommation de 12 000 ménages. Entretien avec «Monsieur énergies renouvelables» aux FMB, Martin Pfisterer.
Le Temps: Pourquoi les FMB construisent-elles leurs éoliennes alors que dautres sociétés nen sont quaux effets dannonce?
Martin Pfisterer: Nous nous préoccupons dénergies renouvelables depuis vingt ans. A lépoque, on se moquait de nous. Notre action sur la durée fait la différence.
Quest-ce que vous inspire la multiplication des projets éoliens sur les crêtes jurassiennes et le débat touffu que cela provoque?
Cest la conséquence de la politique énergétique de la Confédération. Mais on a oublié une composante essentielle, lintégration des machines dans le paysage. Nous avons pris nos responsabilités en la matière et commandé, il y a plusieurs années, une étude en collaboration avec le fonds suisse de protection du paysage. A qui nous avons demandé combien nous pourrions ériger déoliennes à Mont-Crosin. Létude fixait une limite à vingt, je men suis tenu à seize, en tenant compte des accès routiers, électriques, du bruit et des distances aux maisons habitées.
Pourquoi renoncez-vous aux subsides fédéraux?
La stratégie des FMB se veut durable. Nous ne sommes pas contre les subsides pour démarrer. Mais nous avons préféré chercher la niche du marché prête à payer son électricité verte plus chère. Et ce nest pas rien, il en coûte 18 centimes de plus par kWh, cest presque le double du prix ordinaire. Nous avons plus de 6000 clients pour les énergies vertes et une demande supérieure à loffre.
Vous devez investir 52 millions pour huit machines, léolien est-il rentable?
La Suisse nest pas vraiment un pays éolien. La productivité dune turbine ici est divisée par deux par rapport à celle de régions côtières, comme au Danemark. Mais il faut savoir que léolien a une rentabilité supérieure au solaire. Si nous parvenons à commercialiser lénergie que produiront les huit nouvelles machines, elles seront rentabilisées en dix ans.
Malgré leurs coups davance, les FMB se font doubler par dautres sociétés. Comme au-dessus de Delémont, qui est pourtant dans votre rayon daction naturel. Comment lexpliquer?
Demandez-le au maire de Delémont, Pierre Kohler! Mais pas seulement. Nous avons fait des choix de sites, en fonction des mesures de vent par exemple, et donc dû en abandonner dautres. Le concept éolien du canton du Jura ne retient pas le site de Delémont comme prioritaire. Nous nentrons pas dans la surenchère et les contre-prestations. Nous préférons associer toute une région à un projet. A Mont-Soleil et Mont-Crosin, nous développons avec elle un tourisme doux. Ces activités génèrent un chiffre daffaires de 1 million de francs par an.
Que vous inspire la faible efficience dun parc éolien comme celui de Mont-Crosin? Les seize ventilateurs ne fourniront que 0,1% de ce que produit la centrale nucléaire de Mühleberg, ou 0,05 de lélectricité consommée en Suisse. Nest-ce pas dérisoire?
Cest effectivement très peu. Mais cest responsable, de la part dune société électrique, de développer dautres sources dapprovisionnement. En plus de la production de base hydraulique et nucléaire, nous avons une stratégie qui intègre la géothermie, la biomasse, les petites centrales hydrauliques, le solaire et léolien. Pour les éoliennes, nous nous faisons un devoir de respecter des règles dacceptabilité et de protection du paysage. La lecture du dérisoire sen trouve nuancée.
Et si vos efforts en matière dénergies renouvelables ne servaient que votre intérêt suprême: construire une nouvelle centrale nucléaire à Mühleberg?
On me le répète depuis vingt ans! Ce reproche ne tient pas. Nos efforts sont constants. Dici à 2020, les Forces motrices bernoises auront investi 1 milliard pour les énergies renouvelables. Difficile de croire quil ne sagirait que dune opération de relations publiques!