MORATOIRE - La section vaudoise de Pro Natura craint que les crêtes du Jura ne soient défigurées. Des tensions s'amorcent entre les différentes tendances écologistes.
Pro Natura Vaud lance la bataille contre les moulins à vent qui risquent de «défigurer» les paysages du Jura. L'association a écrit le 25 juin dernier au Conseil d'Etat vaudois pour réclamer un moratoire sur la construction d'éoliennes. Estimant que les projets se développent de manière anarchique, Pro Natura menace de faire opposition systématique lors des mises à l'enquête.
«Enjeu sans précédent»
Pour les défenseurs de l'environnement, il y a le feu aux crêtes du Jura. «La menace sur le paysage n'a jamais été aussi forte», écrit Pro Natura. «Nous sommes dans un pays exigu et densément peuplé, argumente Michel Bongard, secrétaire général de la section vaudoise. Les projets d'éoliennes se situent hors des zones à bâtir, ce qui revient à créer des zones industrielles à la campagne. L'enjeu est sans précédent». A enjeu sans précédent, revendication inédite: le terme de moratoire était plutôt réservé jusque-là au secteur nucléaire.
Pro Natura juge les projets d'éoliennes trop nombreux, en particulier sur les crêtes du Jura. Les associations de protection de l'environnement et les habitants ne sont en outre pas associés à la réflexion. Pro Natura se plaint de ne pas avoir reçu de réponse aux trois lettres adressées ces dernières années au gouvernement. La quatrième devrait être la bonne: le Département de la sécurité et de l'environnement fait savoir qu'une réponse est en préparation, mais refuse d'en dire plus.
Quinze sites potentiels
Six à sept sites font l'objet d'études avancées et devraient être mis à l'enquête entre 2010 et 2011, selon les autorités vaudoises. En 2004, le Concept d'énergie éolienne pour la Suisse a identifié quinze emplacements potentiels dans le canton de Vaud, tous dans le massif du Jura. S'y ajoute le projet Eoljoux, qui hérisse particulièrement les défenseurs du paysage. La Société électrique de la vallée de Joux prévoit d'ériger, avec le soutien de la ville de Lausanne, sept éoliennes de 185 mètres de haut dans une zone inscrite à l'Inventaire fédéral du paysage.
Pro Natura reproche aux autorités vaudoises de se focaliser sur le potentiel énergétique des sites, sans prendre en compte l'aménagement du territoire. «Le Service du développement territorial doit reprendre la main», plaide Michel Bongard. Les concepteurs de projets auraient tendance à travailler dans leur coin, sans se soucier de ce qui se passe quelques kilomètres plus loin. «Avec ça, on va avoir des éoliennes partout, et ce n'est pas souhaitable. Le territoire n'est pas renouvelable!», lance Michel Bongard.
Pression financière
Pro Natura s'inquiète aussi des arguments financiers des exploitants d'éoliennes. Les indemnisations offertes aux communes pour l'utilisation de leur sol seraient de nature à fausser le jugement des autorités locales. «La balance des intérêts ne peut pas se faire objectivement», appuie le secrétaire général du WWF Vaud, Serge Ansermet. Le WWF n'a pas pris position sur la demande de moratoire. «Mais nous pensons que cela ne vaut effectivement pas la peine de se précipiter», indique Pierrette Rey, porte-parole pour la Suisse romande.
En mars dernier, le Conseil d'Etat a soumis à l'Office fédéral du développement territorial un projet de planification en matière d'énergies renouvelables. Ce document définit des zones où l'implantation d'éoliennes est exclue. Pour Pro Natura, ce cadre est encore trop large, et trop flou. L'association demande donc un moratoire de «un à deux ans», selon Michel Bongard, le temps de dresser un tableau complet des installations prévues à l'échelle cantonale, voire supracantonale.
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«ILS ENTRENT EN GUERRE!»
La demande de moratoire provoque la colère dIsabelle Chevalley, présidente dEcologie libérale et membre du comité de Suisse Eole, lassociation de promotion de lénergie éolienne. «Jai été choquée.
Pro Natura parle de menaces sans précédent sur le paysage vaudois à cause de quelques éoliennes. Mais pour toutes les lignes à haute tension, que nenni!»
Lassociation de protection de lenvironnement «donne de leau au moulin des pronucléaires», et renforce limage décologistes opposés à tout, accuse Isabelle Chevalley. La députée dEcologie libérale dit aussi son étonnement: jusque là, Suisse Eole entretenait plutôt de bons rapports avec Pro Natura. «Ils nous ont demandé de diminuer le nombre déoliennes prévues dans un projet, et on la fait.»
Pour Isabelle Chevalley, il est normal que la planification cantonale soit large. Les études permettront ensuite de faire un tri. La présidente dEcologie libérale avertit: si les défenseurs de lenvironnement mettent à exécution leur menace de recours systématiques, «ils entrent en guerre».