NUISANCES SONORES - Des habitants du village jurassien de Saint-Brais souffrent du bruit que font les turbines à vent. Les SIG vont construire six éoliennes dans le même village mais jurent quelles seront sans nuisance. Pro Natura Vaud et dautres associations sinquiètent de la prolifération anarchique des rotors.
Elles sont visibles de loin sur la route qui mène à Delémont. Impossible de rater la bourgade de Saint-Brais (220 habitants) depuis que ces deux éoliennes la surplombent, tels des phasmes monstrueux aux pattes tournoyantes.
«Ces choses sont là depuis novembre 2009, soupire Pascale Hoffmeyer en touillant son café. Quand le vent douest arrive, on entend leur bruit. Cest insidieux, insupportable, elles nous réveillent en pleine nuit.» Aujourdhui, la bise souffle sur les Franches-Montagnes: on nentend rien au village. Il faut monter sur la colline pour entendre les pales fendre lair. «Vouf
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»
Un écolo convaincu a changé davis
Cheveux longs et look dartiste, lami de Pascale, Philippe Queloz, est un écolo convaincu. «Depuis toujours, précise-t-il. Jétais très favorable aux éoliennes. Jai changé davis. Le bruit narrête pas, même avec la fenêtre fermée. Cest de la maltraitance!» Cet artiste conceptuel, dont la famille est implantée à Saint-Brais depuis des générations, nimagine pas déménager.
Pascale Hoffmeyer a entamé un combat avec son blog*. «Au village, quelques personnes partagent notre avis. Beaucoup nosent rien dire et les autres ignorent le bruit ou font semblant, dit-elle. Cest un peu la guerre.» Parmi les mécontents, Sandrine Queloz. Elle a bâti une villa à Saint-Brais il y a huit ans, avec son mari. «Je ne sais pas si on viendrait encore ici avec ces éoliennes, confie-t-elle. On les entend par la hotte daspiration.»
Lunique bruit qui agace le maire, Frédy Froidevaux, cest les récriminations des opposants. «On nentend queux!» se fâche lélu. Lui qui appelait les éoliennes «nos deux magnifiques fleurs» devant les caméras de Temps présent, en avril, ny voit que des avantages. Et ce sont de bonnes contribuables, «qui rapportent 10 000 francs de location par an et entre 5000 et 7500 francs par mois».
«Elles ont bon dos!»
Le maire le concède quand même: oui, on les entend. Et même la nuit. «Je peux vous dire que quand les pâles produisent des à-coups, cest quun orage arrive. Mais on shabitue. Il ne faut pas exagérer: certains citoyens voudraient attribuer aux éoliennes un divorce ou une dépression
Elles ont bon dos!»
Les éoliennes de Saint-Brais se font entendre jusquà Bâle: Andreas Appenzeller, gérant de la société promotrice ADEV Windcraft, reçoit régulièrement des plaintes. «Cest souvent les deux mêmes plaignants, précise-t-il, en nommant Pascale Hoffmeyer et son ami. Evidemment, si on compare avec le silence quil y avait avant, il y a une différence.» Si cétait à refaire? «Elles sont à 300 mètres de distance du village, cest la prescription légale. Mais ce nest peut-être pas assez, admet-t-il. Nous en tiendrons compte pour les prochaines implantations.»
«Sen soucier avant»
Les dames de fer de Saint-Brais produisent pourtant moins de bruit que la limite autorisée (50 décibels). Mais la nuisance nen est pas moins réelle. Cest lun des chevaux de bataille de lassociation Pro-Crêtes, à Neuchâtel: «Pour les machines de dernière génération, un minimum de distance de 1500 mètres permettrait déviter des nuisances trop conséquentes», juge lassociation. Cest également la distance minimale que préconise lAcadémie française de médecine (en France, la marge retenue est généralement de 500 mètres). Eux, ils ont «quinze ans déolien derrière. Mais on nen tient pas compte en Suisse», se désolait récemment Florence Lattion, une opposante à lextension du parc de Collonges (VS), dans Le Nouvelliste.
Même le conseiller national vaudois Roger Nordmann (PS), un des plus ardents proéolien à Berne, estime quil «faut une distance de 800 à 1000 mètres avec les habitations pour éviter des nuisances». Distance dautant plus importante que les éoliennes grossissent: celles de Saint-Brais font 120 mètres, celles de la vallée de Joux devraient atteindre 185 mètres. «Le projet de la vallée de Joux est idéal, à plusieurs kilomètres des villages, observe Roger Nordmann. Mais celui de Sainte-Croix nest quà 600 mètres des premières habitations; cest peut-être court.»
«Il faut sen soucier avant, après on doit subir», prévient, désabusée, Pascale Hoffmeyer. Les citoyens de Saint-Brais ont pourtant accepté la construction de six nouvelles éoliennes sur le territoire communal. Loin du village, cette fois.