NEUCHATEL - En septembre 2009, Pro Natura Neuchâtel a été consultée sur le concept éolien neuchâtelois. Notre prise de position indique que notre section soutient les énergies renouvelables et donc l'éolien, mais que chaque projet doit faire l'objet d'analyses détaillées afin d'en mesurer les impacts sur les milieux, la faune, la flore et bien entendu le paysage.
Nous avons demandé des compléments d'études pour la faune ailée (oiseaux et chauves-souris) mais surtout nous avons critiqué la trop grande emprise des 6 sites retenus en demandant expressément au canton de tenir mieux compte de la protection des crêtes (décret de 1966) et de revenir à 2 ou 3 sites. Pro Natura demande de réactiver le concept des années 2000 (Crêt-Meuron et 1 ou 2 autres sites). Nous pouvons accepter la concentration d'éoliennes dans les régions les moins sensibles, mais nous ne pouvons pas cautionner l'implantation de nombreux sites éoliens le long de nos sommets.
Si l'étude sur la faune ailée a été lancée, rien n'est admis par contre sur le choix et une possible diminution du nombre de sites. Au contraire, par la presse et diverses sources, nous savons que les promoteurs des éoliennes poursuivent les études techniques et lancent des pseudos études d'impacts sur plusieurs zones, dont des sites ne faisant pas partie du concept cantonal, comme au Grand Coeurie vers La Tourne. On peut donc craindre une augmentation du nombre de sites et d'hélices sous la pression des promoteurs, arguant d'études déjà bien avancées et fouillées alors que le canton n'a pas clarifié les règles et n'a pas donné un cadre clair, strict et précis. Cette évolution du dossier nous alarme et pose de nombreux problèmes.
La découverte du dossier technique de la Montagne de Buttes nous interpelle fortement, tant les impacts indirects au sol seront forts. Les routes asphaltées et les chemins seraient renforcés pour leur permettre de supporter des camions de 60T. De nombreux nouveaux chemins sont planifiés. Pour poser les mats qui, au final, "consommeraient" peu de sol, on devrait suréquiper la région par un dense réseau de dessertes. Les effets collatéraux seraient plus graves que les éoliennes elles-mêmes. La construction de ces routes, dans des secteurs de pâturages boisés et de crêtes peu accessibles à ce jour provoquerait à n'en pas douter une intensification majeure des pratiques agricoles et touristiques, si rien n'est mis en place pour les limiter. La pression étant déjà très forte, de nombreuses surfaces sont aplanies et engraissées, provoquant une banalisation des structures et des herbages au détriment de la riche et spécifique biodiversité de ces milieux.
A mi-juin 2010, ce dossier complexe interroge le comité de Pro Natura Neuchâtel qui remet en question son soutien prioritaire à l'éolien. Une réflexion globale multicritère et basée avant tout sur la concrétisation des économies d'énergie doit être menée d'urgence avant d'autoriser des dégâts irréversibles. Si le démontage des éoliennes peut se faire facilement, le retour à une nature préservée et la reconstitution de ces structures et de leurs biodiversités seront probablement impossibles.
Comment dès lors assurer la protection des crêtes et garantir une application raisonnée du décret de 1966 tout en favorisant les énergies renouvelables? Cette mission semble difficile à réussir. Un concept cantonal pondéré, élaboré dans la concertation et sans trop subir la pression des producteurs d'électricité nous semble pour l'heure une voie tout aussi crédible et valable que l'initiative populaire qui nous semble laisser peu place pour un compromis nécessaire dans ce difficile arbitrage entre deux intérêts dignes de protection.
Le comité, mi-juin 2010