NEUCHATEL - La maturité du sens civique de la population neuchâteloise (et de ses élus) se mesure à l'aune de la capacité à identifier, à nommer et à prendre en compte les enjeux prioritaires du développement de notre canton pour l'avenir.
L'approvisionnement énergétique est manifestement l'un de ces grands enjeux de notre temps. Aujourd'hui, la réflexion politique dans ce domaine se limite à constater que la demande énergétique augmente d'environ 2 % par an et que notre canton se doit d'assurer la mise à disposition de ces énergies supplémentaires, tout en diminuant notre dépendance tant face à l'extérieur que dans l'utilisation des énergies fossiles.
Or, toute nouvelle source d'énergie, qu'elle soit renouvelable ou non, génère des nuisances sensibles et cela a fortiori lorsque, comme c'est notre cas, le territoire est relativement restreint. La meilleure source d'énergie est donc celle dont on peut se passer. Les économies d'énergie, elles seules, permettent de tendre vers l'équilibre nécessaire sans créer de nouveaux problèmes qui touchent soit la nature, soit le paysage, soit la qualité de l'air et sans hypothéquer les ressources des générations futures.
La loi neuchâteloise sur l'énergie, approuvée par le Grand Conseil au printemps 2009 et rejetée par le peuple à la fin de l'année dernière, sur la recommandation du Conseil d'Etat actuel, avait le mérite de prendre ce problème par le bon bout, en limitant drastiquement les gaspillages d'énergie les plus criants, notamment dans le chauffage des bâtiments. Il n'est donc pas question, pour nous, de renoncer à ce qui faisait la force et l'originalité de cette loi: il est à notre sens essentiel que l'Etat se dote sans tarder d'une véritable politique énergétique intégrant en priorité la réalisation d'importantes économies d'énergie là où elles s'imposent.
Dans le débat sur les sites éoliens, il est révélateur que tant les promoteurs que les opposants tablent sur la hausse irrémédiable de la consommation énergétique, les uns pour démontrer le bien-fondé et l'urgence de leurs projets, les autres, pour mettre en évidence l'insuffisance de cette source nouvelle pour résoudre le problème. C'est le même argument qui est utilisé pour faire passer en force la centrale à gaz de Cornaux, malgré l'énorme quantité de CO2 supplémentaire que cela générerait dans notre canton.
Avec un gouvernement cantonal que l'on sent fragilisé, il est grave que les enjeux économiques et notamment les incitations financières des promoteurs aux particuliers et aux communes, semblent devenir des facteurs décisifs pour l'implantation de nouvelles énergies. Nous demandons fermement que celles-ci s'intègrent dans une politique énergétique globale et soient assorties de conditions-cadre strictes permettant de limiter réellement leurs nuisances.
Nous prônons un avenir énergétique maîtrisé et responsable qui fasse l'objet d'une conception globale. C'est dans ce cadre que les avantages et les inconvénients des nouvelles sources d'énergie doivent être évalués, leur impact sur l'environnement réduit au mieux et les choix nécessaires effectués. Ce n'est que dans un tel contexte et à ces conditions que nous pourrons apporter notre soutien à la mise en place de nouvelles sources d'énergie dans notre canton.
Michel von Wyss, président de Pro Natura Neuchâtel, mi-juin 2010