|
13.08.2010 - L'Est Républicain

En Roumanie, la multiplication des parcs éoliens menace la riche biodiversité du delta du Danube

 ROUMANIE - Voici un exemple effarant du côté obscur de la course aux énergies renouvelables.
En Roumanie, dans limmense plaine de la Dobrogea, une steppe émaillée de collines qui sétire entre le port de Constanta et le delta du Danube, les premiers aérogénérateurs ont poussé il y a deux ans environ. Mais ces derniers mois, une incroyable frénésie de plantations déoliennes a saisi cette région du littoral de la mer Noire au point que le lieu pourrait très vite devenir le plus grand parc éolien dEurope. Attirés par un potentiel venteux idéal - la vitesse moyenne du vent oscille autour de 7m/s - stimulés par une loi récente qui oblige le rachat de lélectricité produite à un tarif juteux - entre 8 et 10 centimes deuros par kW/h - les investisseurs et promoteurs de tous poils se sont jetés sur le gâteau avec la bénédiction des autorités locales et de lÉtat. À Bucarest, les demandes de construction de parcs affluent au point datteindre un total estimé à 23000 mégawatts !
Guéguerre villageoise
Bien entendu, cette convoitise se moque totalement de la pérennité de lun des milieux naturels parmi les plus originaux et les plus riches du Vieux continent...les capitaux sont dorigine espagnole, tchèque et autres et les projets affluent. Dans le village de Cogealac, à une vingtaine de km de Constanta, il est prévu dériger 800 mâts ! pour une puissance installée de 1600 MW. À terme, ce sont près de 3000 km2 de steppe qui seront recouverts par cette pépinière artificielle avec à la clé lambition de produire 10% de lélectricité de la Roumanie. Avec la promesse de retombées sonnantes et trébuchantes, la Dobrogea autrefois si déshéritée, est devenue une pompe à fric pour ses villageois. À tel point que le choix des sites dimplantation des filles du vent est désormais un motif de tension. Récemment, la police a dû intervenir pour éviter quune bagarre entre les habitants de deux communes voisines ne se transforme en bain de sang.
Corruption
Lappât du gain ignore en outre que beaucoup de sites de la Dobrogea ont été classés Natura 2000, comme lest dailleurs la majorité des 4000 km2 du delta du Danube, dernière zone humide dEurope occidentale encore à peu près épargnée par les activités humaines. « Léolien va signer la mort de la biodiversité exceptionnelle du delta et de la Dobrogea. Les études dimpact nont aucune valeur écologique. Natura 2000 est contourné et la corruption règne pour obtenir laccord des propriétaires de terrains ou des instances administratives. Nous sommes en Roumanie, le feu vert est donné sans problème...», soupire un biologiste de la Fondation Eco Pontica, seule ONG locale à se battre contre ces moulins à vent, autant de pièges mortels pour les centaines de milliers doiseaux migrateurs qui transitent par cette région. Eco Pontica a lancé une pétition internationale ( www.eco-pontica.ro) pour interpeller la Commission européenne sur ce gâchis. Les technocrates de Bruxelles feraient bien dy regarder à deux fois lorsquils accordent des millions deuros de subventions à la Roumanie pour développer les énergies vertes, sans se soucier de savoir si cet argent risque de condamner lun des derniers paradis verts de lUnion.
|