JURA - JURA BERNOIS - Le parc éolien du Mont-Crosin ne suscite pas dopposition, alors que deux turbines sèment la discorde dans le village de Saint-Brais
Cest jour de fête, ce mercredi, à 1200 mètres sur Mont-Soleil et Mont-Crosin, au-dessus de Saint-Imier. Filiale de Sol-E suisse et de FMB-Energie SA, Juvent met en service huit nouvelles éoliennes de 2 mégawatts chacune, produites par lentreprise danoise Vestas. Des machines de 140 mètres de haut: 95 pour le mât et 45 pour les pales. Le parc du Jura bernois compte désormais seize turbines disséminées sur 4 kilomètres de crête boisée. Elles produiront 40 millions de kilowattheures par an, ce que consomment 12 000 ménages.
Mont-Crosin est le seul site éolien en activité, digne de ce nom, en Suisse. Il est considéré comme un concept réussi et bien accepté. Pour de multiples raisons.
Les Forces motrices bernoises, qui approvisionnent la région en électricité, ont jeté leur dévolu sur la crête de Mont-Soleil Mont-Crosin pour y développer des énergies vertes il y a deux décennies. Elles y ont aménagé, en 1992, sur 20 000 m2, la plus grande centrale photovoltaïque de Suisse, puis ont construit trois éoliennes en 1995. Puis cinq autres, jusquen 2004. Avant de doubler le nombre de machines en 2010. Lengagement sur la durée dune entreprise «locale» rassure les populations.
«Nous avons construit une base de respect mutuel», fanfaronne Martin Pfisterer, «Monsieur énergies renouvelables» aux FMB. Il est souvent présent sur place, visite les fermiers et les maires des communes impliquées. Il plaisante, offre lapéritif, tutoie tout le monde.
Avec les propriétaires
Juvent a installé ses éoliennes pour tirer le meilleur parti du vent, mais également de manière à éviter les jalousies entre propriétaires terriens. Pour répartir équitablement les royalties et les désagréments. Martin Pfisterer a fait du site une attraction touristique, «qui génère un million de francs de plus-value par an», se félicite-t-il.
Juvent senorgueillit de travailler avec les protecteurs du paysage. Avant de doubler le nombre déoliennes, il a fait effectuer, par le bureau Natura Biologie aux Reussilles, doù on voit les éoliennes par les fenêtres, une étude dintégration paysagère. Elle conclut que, bien quelles modifient le paysage, les éoliennes judicieusement disposées sont acceptables. A condition quil ny en ait pas plus de vingt. Martin Pfisterer a décrété quil en construirait seize, pas une de plus. Il ny a pas eu dopposition au projet dextension.
Un bruit davion
La sérénité de Mont-Crosin contraste avec la discorde de Saint-Brais, commune de 220 habitants au nord des Franches-Montagnes. ADEV Windkraft, basée à Liestal (BL), y a érigé deux éoliennes de 2 mégawatts fabriquées par la société allemande Enercon, hautes de 119 mètres. En accédant à Saint-Brais par la route venant de Delémont, lautomobiliste a limpression que les machines sont montées sur le toit des maisons. Elles sont ancrées dans la butte du Plain, à 300 mètres des premières habitations. Elles tournent depuis le 1er novembre 2009. Et «font un boucan comparable au bruit dun avion en zone dapproche daéroport», dénonce Pascale Hoffmeyer, habitante de Saint-Brais, qui dit vivre un enfer. Par gain de paix, la vitesse de rotation des pales est réduite la nuit et le week-end.
Saint-Brais est divisé entre partisans, majoritaires, du développement dune petite localité sans grandes ressources et adversaires d«une arnaque à lécologie». «Le résultat est que le village est foutu», regrette un habitant.
«Nous avons découvert une autre réalité à Saint-Brais», constate le ministre jurassien de lEnvironnement, Laurent Schaffter. Pour lui, planter deux éoliennes à proximité dune localité est lexemple à ne plus reproduire. Il prône la concentration de machines dans quelques parcs bien délimités, loin des habitations.
Le concept raté de Saint-Brais sexplique encore par une communication déficiente donnant limpression «quon nous ment» et cette sensation désagréable que des promoteurs urbains viennent dénaturer le paysage jurassien pour se donner bonne conscience. Allusion aux projets tous azimuts des Services industriels des villes de Genève et de Zurich. Malgré la contestation, les autorités de Saint-Brais nentendent pas sarrêter là. Elles projettent dériger six autres turbines géantes.