FRIBOURG - SCHWYBERG - Le Conseil dEtat vient de débouter les opposants à la mise en zone du futur parc. Mais le début des travaux pourrait encore se faire attendre : les défenseurs de la nature vont étudier un éventuel recours.
La Direction de laménagement, de lenvironnement et des constructions (DAEC) vient de rejeter les six recours encore pendants contre la mise en zone du futur parc éolien du Schwyberg. Elle est toutefois entrée en matière sur certaines revendications des opposants, en exigeant de la société exploitante Schwyberg Energie AG, détenue à 90% par Groupe E Greenwatt quelle réalise, à ses frais, des mesures compensatoires en faveur de la protection des oiseaux touchée par les éoliennes. Greenwatt devra déterminer si ces contraintes supplémentaires permettront encore au projet, devisé à plus de 50 millions il y a deux ans, dêtre économiquement rentable. Quant aux défenseurs de la nature, ils vont étudier la possibilité de saisir le Tribunal cantonal.
Autant dire que ce nest pas encore demain que neuf éoliennes de 140 mètres de haut hérisseront la crête du Schwyberg. La mise en service des futures installations, initialement prévue pour 2012 se fera sans doute attendre jusquen 2014, estime prudemment Jean-Michel Bonvin, directeur de Greenwatt. Il ne désespère pas de voir certains opposants se rallier au projet, au vu des mesures compensatoires ordonnées par la DAEC. Celles-ci pourraient être de plusieurs ordres: création dhabitats alternatifs pour certaines espèces menacées (comme le tétras-lyre), mise à larrêt provisoire des éoliennes durant les passages importants doiseaux migrateurs
Les Paccots concernés
«Ces mesures auront inévitablement un impact sur nos coûts dexploitation», explique Jean-Michel Bonvin. Qui ajoute que le cours favorable de leuro pourrait, en revanche, diminuer un peu la facture finale du projet: les machines seront payées dans cette devise. Greenwatt attend à présent léchéance du délai de recours contre la décision de la DAEC (soit la mi-septembre) pour évaluer plus précisément les nouveaux coûts du projet.
La réalisation ou non du parc du Schwyberg conditionnera celle des autres projets éoliens de Groupe E Greenwatt dans le canton, notamment aux Paccots, ajoute Jean-Michel Bonvin. En clair, si le projet singinois était abandonné, les autres le seraient également. Le directeur de Greenwatt se déclare néanmoins encouragé par le soutien de la population fribourgeoise, qui sétait prononcée à 72% en faveur du parc éolien du Schwyberg dans le cadre dun sondage réalisé en 2011.
Dans un communiqué diffusé hier, lassociation des communes singinoises Region Sense salue également la décision de la DAEC, en insistant sur la nécessité dencourager les énergies renouvelables afin dassurer, à lavenir, lapprovisionnement des ménages singinois.
Etape symbolique
Reste que la procédure nest pas encore terminée, nuance le conseiller dEtat Maurice Ropraz. Même en labsence hypothétique de recours contre sa décision de débouter les opposants au dézonage, il faudra encore passer lobstacle de lattribution du permis de construire. Il appartiendra au préfet de la Singine de statuer sur ce volet. Mais sa décision pourrait, là encore, être contestée devant le Tribunal cantonal, puis le Tribunal fédéral, ce qui engendrerait de nouveaux retards.
Il nen reste pas moins quune étape symbolique importante a été franchie :cest la première fois que le canton de Fribourg approuve formellement la création dun parc éolien sur son territoire. Pour prendre cette décision, il a été procédé à une pesée minutieuse des intérêts en présence, affirme Maurice Ropraz. Et la nécessité dassurer lapprovisionnement énergétique du canton, dans la perspective dun arrêt programmé des centrales nucléaires helvétiques, a été privilégiée par rapport au bien-être de la faune avicole et à la beauté du paysage, explique en substance le conseiller dEtat. Il ajoute que le site du Schwyberg est clairement celui qui se prête le mieux à lexploitation dun parc éolien sur le territoire fribourgeois.
Les opposants se décideront en août
Les opposants au projet de parc éolien du Schwyberg vont se réunir le mois prochain afin de décider de la suite à donner à leur action. Au nombre de six ASPO/BirdLife, Pro Natura, Fondation suisse pour la protection et laménagement du paysage, Groupe dintérêt pour la protection du Schwyberg, Hostellerie am Schwarzsee et association Alp Spielmannda , ils disposent (pause estivale oblige) dun délai jusquà la mi-septembre pour faire recours contre la décision de la DAEC.
«Tout est ouvert à ce stade», explique François Turrian, directeur romand de lASPO. Qui affirme néanmoins regretter le choix du Conseil dEtat. «Le projet du Schwyberg reste le plus problématique de Suisse en ce qui concerne la protection des oiseaux», affirme-t-il. Selon lui, il aurait dû être abandonné au stade de la planification si le canton avait tenu compte de la situation de lavifaune dans ce secteur.